Mon parent a des hallucinations : comment accompagner la démence à Corps de Lewy sans s’épuiser ?

Mon parent a des hallucinations comment accompagner la démence à Corps de Lewy sans s’épuiser 
Maisons de retraite

Dans la maladie à Corps de Lewy, la fatigue de l’aidant est fréquente, tant l’imprévisibilité épuise. Les hallucinations liées à la démence bouleversent le quotidien et plongent souvent les proches dans une vigilance constante. Jusqu’où accompagner à domicile sans se mettre en danger ni épuiser la relation ? À partir de quand faut-il envisager un cadre plus sécurisé ? On vous propose quelques repères pour envisager l’avenir sans culpabilité.

Comprendre les hallucinations dans la démence à corps de Lewy

La maladie à corps de Lewy représente environ 20 % des déficits neurocognitifs majeurs en France, soit près de 200 000 personnes.

Pourquoi les hallucinations sont-elles fréquentes dans la maladie à corps de Lewy ?

Dans la démence à corps de Lewy, le cerveau traite moins bien les informations visuelles et la vigilance fluctue. Des perceptions trompeuses apparaissent alors, souvent le soir ou la nuit.

Elles peuvent être ponctuelles ou répétées, parfois « critiquées » par la personne, parfois prises pour vraies, ce qui peut déstabiliser l’entourage.

Ce que vivent réellement les personnes atteintes

Les hallucinations ne sont pas toujours effrayantes pour la personne. Elle peut voir des animaux, des enfants, des inconnus, parfois avec des détails très réalistes.

Toutefois, ce vécu peut parfois se mêler à de l’anxiété, de la confusion, ou à une peur de « devenir folle ». Selon les moments, la personne peut demander de l’aide ou se replier sur elle-même.

senior éprouvant de la confusion à cause des hallucinations de la démence à corps de lewy

Maladie à corps de Lewy et fatigue de l’aidant : pourquoi les hallucinations épuisent-elles autant les proches ?

À un stade avancé de la démence, 70 à 80 % des personnes auraient des hallucinations visuelles, selon une étude publiée dans Psychogeriatrics

Une vigilance permanente, même en l’absence de crise

Le plus dur, c’est l’anticipation. Même si la journée se passe relativement bien, l’aidant reste en alerte, au cas où la personne se lèverait, sortirait, paniquerait, tomberait, ou interpellerait des « intrus ».

Cette tension de fond use l’organisme, surtout quand elle s’ajoute aux tâches du quotidien et aux responsabilités familiales.

Maladie à corps de Lewy et fatigue de l’aidant face à l’imprévisibilité

La démence à corps de Lewy est connue pour ses fluctuations. Un proche peut paraître très présent le matin et totalement perdu le soir.

Cette instabilité donne l’impression de ne jamais trouver la bonne stratégie. L’aidant teste, ajuste, doute. Et quand une amélioration survient, elle peut être brève, ce qui renforce le sentiment d’impuissance

La peur de mal réagir ou d’aggraver la situation

Face à une hallucination, on a le réflexe humain de corriger, de ramener à la réalité. Or, contredire frontalement peut déclencher anxiété, colère ou méfiance.

Beaucoup d’aidants se sentent coincés, entre le risque de laisser la personne s’enfermer dans sa perception et celui de créer un conflit. Cette peur répétée, à force, épuise.

LIRE AUSSI : Maladie à Corps de Lewy : pourquoi les hallucinations et les crises nocturnes imposent-elles un cadre sécurisé en EHPAD ?

Aidant et Maladie à Corps de Lewy : ce qu’il ne faut pas faire face aux hallucinations

Évitez de tourner au ridicule les convictions de la personne, de la sermonner, ou de chercher à prouver que les hallucinations ne sont pas réelles. Mieux vaut rester calme, valider l’émotion plutôt que le contenu, et proposer un détour simple, comme changer de pièce, allumer davantage, mettre une musique apaisante.

Quand les hallucinations sont peu envahissantes, rassurer et expliquer est souvent la première étape.

Quand les symptômes de la Maladie à Corps de Lewy et l’épuisement de l’aidant imposent un placement

La question du placement intervient souvent quand la sécurité, le sommeil et la santé de l’aidant vacillent. Ce n’est pas un verdict moral, c’est un signal d’alerte à écouter avant la rupture. 

Maladie à corps de Lewy et fatigue de l’aidant : comment savoir si vous êtes arrivé à vos limites ?

D’après un article publié dans la revue Neurology : Clinical Practice, le fardeau des aidants est souvent plus élevé dans la démence à corps de Lewy que dans Alzheimer, notamment à cause des symptômes neuropsychiatriques.

Les signaux d’épuisement à ne pas ignorer

En tant qu'aidant, votre corps vous prévient, avant de lâcher :

  • irritabilité inhabituelle, pleurs faciles ;
  • troubles du sommeil persistants, fatigue au réveil ;
  • douleurs ;
  • palpitations ;
  • isolement, perte d’envie ;
  • anxiété ;
  • erreurs dans les médicaments ou la vigilance.

Si ces signes s’installent, c’est que vous avez certainement besoin d’aide.

Ce que le maintien à domicile[2] ne peut parfois plus contenir

Il arrive un moment où l’organisation, même solide, ne compense plus l’ampleur des troubles. Quand les nuits deviennent hachées, que les hallucinations s’accompagnent de délire, de chutes, ou d’agitation, le domicile peut devenir un lieu à risque. La maladie progresse, et l’aidant finit par porter une charge trop lourde pour lui.

Parler du placement quand on accompagne un proche atteint de la Maladie à Corps de Lewy

Dans la maladie à corps de Lewy, les fluctuations, le sommeil perturbé et l’anxiété amplifient les crises et usent l’entourage.

Accepter ses limites sans se juger

Penser au placement n’efface pas l’amour. Cela signifie souvent que vous avez tenu longtemps, parfois trop.

Remettre des limites, c’est aussi protéger la relation, éviter que l’épuisement ne transforme l’aide en colère ou en gestes brusques.

La bonne question n’est pas « Suis-je un mauvais enfant ? », mais « Que faut-il pour que tout le monde reste en sécurité ? ».

décision de placer un proche ateint de la maladie à corps de lewy en EHPAD

En parler avec la famille et les professionnels

Mettez des mots concrets sur ce qui se passe, sans dramatiser ni minimiser. Décrivez les épisodes d’hallucinations, les nuits, les chutes, votre fatigue, et ce que vous n’arrivez plus à assurer.

Le médecin traitant, le neurologue ou le gériatre peuvent aider à évaluer, ajuster, et orienter.

Anticiper permet de choisir, plutôt que subir.

LIRE AUSSI : Placement en EHPAD : Le guide pratique pour accompagner votre proche à chaque stade de la maladie

Maladie à Corps de Lewy et placement : quelle que soit la décision, vous avez le droit d’être aidé

Aide à domicile[3], accueil de jour, relais familial, soutien psychologique, groupes de parole, solutions temporaires… Il existe des solutions avant, pendant et après un placement.

L’objectif est de rendre l’accompagnement soutenable. Dans la maladie à corps de Lewy, passer le relais fait partie du parcours. Ce n’est pas un abandon.

Quand on accompagne un proche qui a la Maladie à Corps de Lewy, se faire aider, poser des limites et envisager des relais n’enlève rien à l’attachement. Au contraire, cela peut permettre de préserver la relation, autrement, dans la durée.

Sources :

  • Mieux comprendre la maladie à corps de Lewy - France Alzheimer
  • NAGAHAMA, Yasuhiro, OKINA, Tomoko, SUZUKI, Norio, et al. Prevalence of the core clinical features and the other neuropsychiatric symptoms in dementia with Lewy bodies. Psychogeriatrics, 2021, vol. 21, no 3.
  • ARMSTRONG, Melissa J., DAI, Yunfeng, SOVICH, Kaitlin, et al. Caregiver experiences and burden in moderate-advanced dementia with Lewy bodies. Neurology: Clinical Practice, 2024, vol. 14, no 3, p. e200292.
  • TOWNSEND, Leigh TJ, ANDERSON, Kirstie N., BOEVE, Bradley F., et al. Sleep disorders in Lewy body dementia: Mechanisms, clinical relevance, and unanswered questions. Alzheimer's &[1]; Dementia, 2023, vol. 19, no 11, p. 5264-5283.

FAQ

Est-ce normal de penser au placement quand mon parent hallucine souvent ?

Quand les hallucinations deviennent fréquentes ou angoissantes, la question du placement peut apparaître comme une recherche de sécurité. C’est un signal de surcharge pour l’aidant, qui est tout à fait légitime.

À partir de quand le maintien à domicile[2] devient-il trop lourd pour l’aidant ?

Le maintien à domicile[2] devient difficile quand la fatigue s’installe durablement. Troubles du sommeil, vigilance constante ou sentiment d’insécurité signalent que la charge dépasse ce qu’une personne peut assumer sur le long terme.

Comment parler du placement sans se sentir coupable ?

Aborder le placement suppose de quitter la logique de la faute. Mettre des mots sur ses limites, son épuisement et les risques permet de parler de protection, pour soi comme pour son proche.

Peut-on aimer son parent et envisager un placement ?

Dans l’accompagnement d’une maladie évolutive, aimer ne signifie pas tout supporter. Envisager un placement peut être une manière de préserver la relation, quand la fatigue menace de l’abîmer.

Qui peut m’aider à réfléchir à cette décision ?

Médecin traitant, spécialiste, assistante sociale ou associations d’aidants peuvent apporter un regard extérieur et aider à envisager des options adaptées pour un placement.

Le placement est-il toujours définitif ?

Le placement n’est pas toujours une décision irréversible. Des solutions temporaires existent, permettant d’évaluer la situation, de souffler, et d’ajuster l’accompagnement selon l’évolution de la maladie.

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