Peut-on louer la maison d’un parent en EHPAD ? 

Peut-on louer la maison d’un parent en EHPAD
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Votre parent vient d’entrer en EHPAD et vous vous demandez quoi faire de sa maison : la laisser fermée, la vendre ou la louer pour aider à financer les frais d’hébergement ? Entre les charges qui continuent à s’accumuler, les frais d’EHPAD parfois élevés et les questions liées à l’héritage, il est normal d’hésiter. Louer la maison peut être une solution intéressante, mais elle suppose de bien comprendre les règles juridiques et les impacts possibles. Voici ce qu’il faut savoir pour prendre une décision sécurisée et adaptée à la situation de votre famille.

Peut-on louer la maison d’un parent entré en EHPAD ?

Dans de nombreux cas, oui. L’entrée en EHPAD ne fait pas perdre la propriété du logement : votre parent reste propriétaire de sa maison, même s’il n’y vit plus. Il est possible de louer sa maison, mais certaines conditions doivent être respectées.

Quelles sont les conditions juridiques pour louer un logement vacant ?

Le principe est simple : seul le propriétaire, ou son représentant légal autorisé, peut décider de louer le logement.  Si le parent est propriétaire unique et capable juridiquement, il doit donner un consentement libre et éclairé. Si le parent est sous tutelle[2], le tuteur ne peut pas louer le bien sans autorisation du juge. Il peut choisir librement son locataire et n’a pas à obtenir l’accord du nu-propriétaire, tant que le bail ne dépasse pas neuf ans.

Il est donc essentiel de vérifier :

  • qui est juridiquement propriétaire ;
  • si le parent peut encore prendre des décisions ;
  • si un régime de protection juridique existe.

LIRE AUSSI : Ma mère est en EHPAD : que faire de sa maison ?

Situation où le parent est toujours propriétaire

Quand votre parent reste propriétaire et qu’il peut encore décider seul, la location est possible à condition qu’elle soit faite dans son intérêt. C’est un point important : les loyers perçus appartiennent au parent et doivent servir en priorité à ses besoins, notamment au financement de l’EHPAD ou à l’entretien du bien.

Dans cette situation, les enfants peuvent aider à organiser la mise en location, mais ils ne doivent pas se substituer au propriétaire. Une procuration peut sécuriser certaines démarches pratiques, mais elle ne remplace pas un véritable accord sur le principe de louer.

Il est important que cette décision soit prise dans l’intérêt du parent et non uniquement dans celui des héritiers.

conditions pour louer la maison d'un parent en ehpad

Cas d’un logement en indivision familiale

Si le logement est en indivision, la prudence est encore plus nécessaire. C’est par exemple le cas après le décès d’un premier parent, si la maison appartient désormais au survivant et aux enfants, ou si plusieurs héritiers ont des droits sur le bien. 

En indivision, il est fortement conseillé de formaliser les règles d’utilisation du logement, la répartition des loyers et celle des charges dans une convention d’indivision ou un accord écrit préparé avec un notaire.

C’est aussi un point essentiel pour éviter les conflits si un enfant souhaite habiter le logement pendant que les autres préfèrent le louer ou le vendre.

Bon à savoir : Avant toute mise en location, vérifiez toujours si le parent est juridiquement en mesure de consentir, si le bien est détenu seul ou en indivision, et si une autorisation du juge est nécessaire. En cas de doute, le notaire reste le meilleur réflexe.

Que faire de la maison d’un parent en EHPAD : les alternatives à la location ?

La location n’est pas la seule option possible. Selon la situation familiale et patrimoniale, d’autres solutions peuvent être envisagées. Le choix dépend souvent des besoins financiers, de la durée prévisible du séjour en EHPAD et des objectifs patrimoniaux de la famille.

Peut-on laisser le logement vacant temporairement ?

Certaines familles préfèrent attendre et laisser le logement vacant, souvent lorsque l’entrée en EHPAD est récente ou vécue comme provisoire. Cette solution peut laisser du temps pour réfléchir, trier les affaires ou éviter une décision précipitée.

Mais garder un logement vide a un coût. Le propriétaire ou l’usufruitier reste redevable de la taxe foncière. Selon les cas, le bien peut aussi être soumis à la taxe sur les logements vacants selon la commune. 

Un proche aidant peut-il habiter la maison ?

Un proche peut habiter la maison d’un parent entré en EHPAD, mais cela ne peut pas se faire de façon informelle. Le parent reste propriétaire du logement, même s’il n’y vit plus. Il doit donc donner son accord, de préférence par écrit.

Il est aussi conseillé de prévoir un cadre clair : par exemple un prêt à usage (occupation gratuite), un bail si un loyer est prévu, ou un droit d’habitation ou d’usufruit. Mettre les choses par écrit permet d’éviter les malentendus.

Cette précaution est importante. Sans document, une occupation gratuite pendant plusieurs années peut créer des tensions entre héritiers au moment de la succession. Elle peut aussi poser question si le logement aurait pu être loué pour aider à financer l’EHPAD.

Faut-il envisager une donation ou un démembrement de propriété ?

Lorsque la famille souhaite préparer la transmission du logement, il est possible de donner la nue-propriété du bien aux enfants tout en conservant l’usufruit. Concrètement, les enfants deviennent propriétaires sur « le papier » et le parent garde le droit de louer le logement et de percevoir les loyers pour financer son EHPAD. Au décès du parent, les enfants deviennent automatiquement pleinement propriétaires, sans nouvelle démarche.

Cette solution permet d’anticiper la succession et peut réduire les droits à payer plus tard. En revanche, un notaire est indispensable pour évaluer l’intérêt réel de cette solution selon la situation familiale.

À lire aussi : Que devient l’usufruit en cas de départ de la personne âgée en maison de retraite ? 

Est-il préférable de vendre la maison pour financer l’EHPAD ?

La vente de la maison de son parent en EHPAD peut être la solution la plus simple quand les frais d’hébergement sont élevés et que personne ne souhaite gérer le logement. Elle permet de dégager du capital immédiatement et d’éviter les charges d’un bien vide ou mal entretenu.

Il faut toutefois être vigilant à la fiscalité. La plus-value sur la vente de l’ancienne résidence principale d’une personne entrée en maison de retraite peut être exonérée sous certaines conditions, notamment si le bien est vendu dans les deux ans suivant l’entrée en établissement et s’il n’a pas été occupé depuis, sauf par le conjoint. 

Comparatif : louer, vendre ou occuper le logement familial

OptionConditionsAvantagesLimites
LocationAccord du propriétaire ou du représentant légalRevenus réguliers pour financer l’EHPADGestion, fiscalité, entretien
Occupation par un procheAccord écrit du propriétaire et cadre juridique clair à définirÉvite que le logement reste inoccupé et non entretenuRisque de conflit ou d’avantage injustifié contesté par les autres membres de la famille
UsufruitActe notarié conseilléPeut sécuriser l’occupation ou la transmission du bienDécision plus engageante
VenteAccord du propriétaireLiquidités disponibles immédiatementPerte définitive du bien

Aspects fiscaux et charges liés à la location

Avant de louer, il faut mesurer le coût réel et les effets fiscaux. Un logement vide ou loué continue à générer des charges, et les revenus locatifs doivent être déclarés.

Taxe foncière et taxe d’habitation quand le parent propriétaire est en EHPAD

La taxe foncière est due par le propriétaire ou l’usufruitier au 1er janvier de l’année d’imposition. Si le bien est en indivision, chaque indivisaire doit payer sa part.

La taxe d’habitation sur la résidence principale a disparu, mais elle existe encore pour les résidences secondaires et certains logements vacants.  Si la maison de votre parent reste meublée et n’est plus sa résidence principale, sa situation fiscale doit être revue. 

En parallèle, les propriétaires doivent déclarer l’occupation de leurs biens immobiliers dans l’espace « Biens immobiliers » sur le site impots.gouv.fr en cas de changement de situation ; l’absence de déclaration ou une déclaration inexacte peut entraîner une amende de 150 euros par local.

déclarer les revenus locatifs d'un parent résidant en ehpad

Comment déclarer les revenus locatifs d’un parent en maison de retraite ?

Si la maison est louée, les loyers perçus appartiennent au parent propriétaire. Ces sommes doivent être déclarées aux impôts comme des revenus, au même titre qu’une pension ou une retraite.

Cela signifie que louer peut aider à payer une partie des frais d’EHPAD, mais que ces loyers peuvent aussi augmenter les revenus imposables du parent. Selon la situation, cela peut avoir un impact sur les impôts ou sur certaines aides comme l’APA ou l’ASH.

En pratique, il ne faut donc pas regarder seulement le montant du loyer, mais ce qu’il reste réellement après les impôts, les charges et les éventuels travaux.

À lire aussi : CAF, impôts, aides : comment déclarer les revenus d’un parent placé en EHPAD

Quelles charges faut-il prévoir avant de louer ?

Même lorsqu’il est loué, un logement coûte de l’argent. Il faut anticiper : 

  • l’assurance propriétaire non occupant ;
  • l’entretien des installations ; 
  • les éventuels travaux
  • la remise en état entre deux locations.

Si un proche occupe gratuitement la maison, il faut aussi prévoir noir sur blanc qui paie l’eau, l’électricité, les petites réparations, l’assurance et, le cas échéant, la taxe foncière.

Bon à savoir : Une location peut soulager le budget EHPAD, mais elle n’est pas « sans coût ». Pour décider sereinement, mieux vaut faire un calcul simple : loyer estimé, impôt[3], assurance, travaux, taxe foncière, frais d’agence éventuels.

Louer la maison peut-il avoir un impact sur la situation administrative du parent en EHPAD ?

La gestion du logement ne concerne pas seulement le patrimoine. Elle peut aussi avoir un effet sur certaines aides ou sur la manière dont l’administration évalue les ressources du parent.

La location a-t-elle un impact sur les aides sociales ? 

L’APA versée en EHPAD n’est pas récupérée après le décès. En revanche, l’Aide sociale à l’hébergement (ASH), accordée lorsque les ressources sont insuffisantes, peut être récupérée sur la succession, notamment sur la valeur de la maison.

Si le parent possède un logement qui n’est ni loué ni vendu, l’administration peut considérer qu’il pourrait servir à financer l’EHPAD. Par exemple, si un enfant y habite gratuitement alors que la maison pourrait être louée, cela peut poser question.

Dans ce cas, il peut être préférable de formaliser la situation (par exemple avec une participation financière) ou de se renseigner auprès du département pour éviter toute difficulté.

La location modifie-t-elle la succession ? 

Louer la maison ne retire pas le bien du patrimoine du parent. Les loyers restent à lui. À sa succession, le bien ou le prix de vente reviendra à ses héritiers selon les règles habituelles, sous réserve d’éventuelles reprises d’aide sociale ou des droits de chacun.

En revanche, une occupation gratuite peut créer un déséquilibre entre les enfants. C’est particulièrement vrai si un seul proche profite du logement pendant des années, sans indemnité ni convention écrite.

Quelles règles en cas de tutelle ou de curatelle ? 

Si le parent est sous tutelle, la location ou la vente du bien nécessite l’autorisation du juge. Le logement d’un majeur protégé bénéficie d’une protection particulière, surtout lorsqu’il s’agit de son ancien domicile. Lorsqu’une vente est envisagée en vue d’un accueil en établissement, un avis médical préalable peut aussi être requis.

Sous curatelle[4], le parent conserve davantage d’autonomie, mais il peut devoir être assisté pour les actes importants. Là encore, il vaut mieux sécuriser la décision avant de signer quoi que ce soit.

Bon à savoir : Quand le parent bénéficie ou va demander l’ASH, il est prudent de signaler au département ce que vous comptez faire du logement. Cela évite les incompréhensions, surtout si la maison n’est ni vendue ni louée.

Quelles démarches pratiques pour louer la maison ? 

Si la décision est prise, mieux vaut procéder dans l’ordre. Une location mal préparée peut créer autant de problèmes qu’elle n’en résout.

Choisir un locataire et rédiger un bail

Avant de louer, le logement doit être prêt à accueillir un locataire. Il est notamment important de :

  • vérifier l’état général du logement ;
  • réaliser les diagnostics obligatoires ;
  • s’assurer que le bien respecte les normes de sécurité ;
  • fixer un loyer cohérent avec le marché local ;
  • prévoir les éventuels travaux nécessaires.

Ensuite, un bail doit être rédigé. Ce contrat doit notamment préciser :

  • l’identité du propriétaire et du locataire ;
  • le montant du loyer et des charges ;
  • la durée de la location ;
  • les conditions de révision du loyer ;
  • le dépôt de garantie éventuel.

Prévoir une assurance habitation et responsabilité

Le propriétaire doit veiller à rester assuré, notamment via une assurance propriétaire non occupant si le logement est vide ou loué. Le locataire, lui, doit être assuré pour les risques locatifs. En pratique, ce point est souvent oublié dans les familles quand la maison reste « entre proches », alors qu’il est essentiel.

Passer par une gestion locative

Quand les enfants vivent loin ou ne veulent pas gérer les états des lieux, les impayés ou les réparations, une agence peut être utile. Elle a un coût, mais elle sécurise souvent la gestion et limite les tensions familiales.

Bon à savoir : L’erreur la plus fréquente est de traiter le logement comme une affaire de famille sans écrit. Or, même entre proches, un cadre clair évite une grande partie des conflits futurs.

Points de vigilance et conseils pratiques

Avant de louer, d’occuper ou de vendre la maison, il faut d’abord vérifier précisément les droits de chacun. Votre parent reste-t-il seul propriétaire ? Le bien est-il en indivision ? Une mesure de protection est-elle en place ? 

Il faut aussi examiner la situation fiscale du logement. Un bien qui n’est plus la résidence principale du parent ne suit plus exactement les mêmes règles. Cela peut jouer sur les taxes locales, la déclaration d’occupation et, en cas de vente, sur l’exonération de plus-value.

Enfin, la meilleure prévention contre les conflits reste la transparence. Informer le parent, prévenir les frères et sœurs, répartir les charges par écrit et conserver les justificatifs de travaux ou de dépenses permet souvent d’éviter des tensions au moment de la succession.

Bon à savoir : La checklist minimale avant d’agir est la suivante : 
-vérifier le titre de propriété ;
-la capacité du parent à donner son avis ;
l’existence d’une tutelle ou d’une indivision ;
-les conséquences sur l’ASH ;
-la fiscalité locale ;
-faire relire le montage par un notaire.

FAQ 

Peut-on louer la maison d’un parent placé en EHPAD ?

Oui, si le parent est propriétaire et donne son accord ou si la décision est validée par son représentant légal.

Quels sont les droits du parent propriétaire ?

Tant qu’il est propriétaire, le parent conserve le droit de décider de la location ou de la vente de son bien.

Quels impacts fiscaux prévoir ?

Les loyers doivent être déclarés et peuvent être imposés selon le régime fiscal choisi.

Quels sont les droits des héritiers ?

Les héritiers n’ont pas de droit de décision tant que le parent est vivant, sauf situation d’indivision ou de démembrement de propriété.

Peut-on louer sans l’accord des héritiers ?

Oui si le parent est propriétaire unique et en capacité de décider, sous réserve d’éventuelles mesures de protection juridique. Leur accord n’est pas obligatoire.

Quels contrats faut-il respecter ?

Un bail conforme à la réglementation et les obligations classiques du propriétaire, notamment l’assurance du logement.

Quels risques éviter ?

Louer sans autorisation juridique claire, sans bail ou sans assurance adaptée.

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