Votre proche souhaite vieillir chez lui, mais son niveau de perte d’autonomie vous inquiète ? Vous hésitez entre le maintien à domicile et l’entrée en établissement, sans trouver de solution vraiment satisfaisante ? Depuis quelques années, un dispositif encore trop peu connu permet de concilier ces deux impératifs : l’EHPAD « hors les murs ». Conçu pour apporter au domicile un accompagnement de niveau comparable à celui d’un établissement, il s’adresse aux personnes âgées dépendantes qui souhaitent rester chez elles sans renoncer à un suivi médico-social structuré. À qui s’adresse-t-il exactement ? Comment fonctionne-t-il et quels services propose-t-il ? On vous explique.
Qu’est-ce qu’un EHPAD « hors les murs » ?
Une enquête IFOP menée auprès des seniors montre que le maintien à domicile reste massivement plébiscité : 99 % des répondants associent le « bien vieillir » au fait de rester le plus longtemps possible chez soi.
Un dispositif né de la volonté de vieillir chez soi
L’EHPAD « hors les murs » ne remplace pas un établissement traditionnel. Il en étend certaines missions directement au domicile de la personne âgée.
Cela signifie qu’un EHPAD agréé déploie ses professionnels (infirmiers, aides-soignants, psychologues, travailleurs sociaux) au sein du logement, afin d’assurer un accompagnement de niveau comparable à celui d’un résident en établissement. Le domicile devient ainsi le lieu de vie et de soin.
Ce modèle repose sur une logique de désinstitutionnalisation progressive. Il s’agit non pas d’abandonner les personnes chez elles, mais de les entourer d’une équipe pluridisciplinaire structurée, coordonnée depuis l’établissement porteur.

Cadre réglementaire et expérimentations en cours
Le dispositif s’est structuré progressivement. Dès 2018, l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) a permis de financer 23 expérimentations nationales d’« EHPAD hors les murs » dans 19 départements.
La consécration législative est intervenue avec le PLFSS 2022 (article 31), qui crée la mission de « centre de ressources territorial » (CRT), détaillée dans l’arrêté du 27 avril 2022 (Légifrance). Ce texte prévoit le déploiement d’un EHPAD-CRT par département, avec une enveloppe initiale de 16 millions d’euros en 2022, portée progressivement à 65 millions d’euros en 2025, selon les projections gouvernementales.
À qui s’adresse ce dispositif et dans quelles conditions ?
Les premières expérimentations nationales ont permis d’accompagner près de 580 personnes en situation de forte perte d’autonomie, dans 10 régions différentes.
Profil des bénéficiaires et critères d’éligibilité
L’EHPAD hors les murs s’adresse en priorité aux personnes âgées en perte d’autonomie, généralement classées en GIR 1 à 4 selon la grille AGGIR, qui souhaitent éviter ou reporter une entrée en établissement.
Les critères d’éligibilité varient selon les dispositifs locaux. Chaque EHPAD porteur définit ses propres conditions d’admission en lien avec l’Agence Régionale de Santé (ARS).
Une évaluation médico-sociale est systématiquement réalisée au domicile, afin d’apprécier les besoins, l’environnement de vie et la capacité de l’entourage à s’impliquer.
| Les personnes souffrant de troubles cognitifs (maladie d’Alzheimer, syndromes apparentés) font souvent partie des profils prioritairement ciblés. |
Financement, reste à charge et aides mobilisables
Le financement du dispositif repose sur plusieurs leviers.
Le volet soins est pris en charge par l’Assurance maladie via la CNSA et les ARS. Le volet dépendance peut être couvert en partie par l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie), versée par le Conseil départemental aux personnes classées en GIR[3] 1 à 4.
Les prestations d’aide à domicile (SAAD) sont également éligibles à l’exonération de TVA et à la réduction d’impôt[7] sur le revenu (à hauteur de 50 % des dépenses, plafonné).
Le reste à charge varie selon les revenus du bénéficiaire et les services mobilisés. Il convient de se rapprocher du Conseil départemental ou du CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination) pour obtenir une estimation personnalisée.
Comment fonctionne la prise en charge à domicile ?
L’organisation repose sur une équipe pluridisciplinaire, coordonnée depuis l’EHPAD porteur, qui intervient au rythme des besoins de la personne accompagnée.
| Domaine | Description | Objectif | Acteurs impliqués |
| Soins à domicile | Actes infirmiers, pansements, injections, prévention des escarres, surveillance clinique | Maintenir un niveau de soin équivalent à l’établissement | Infirmières, aides-soignantes, médecin coordonnateur |
| Accompagnement quotidien | Aide à la toilette, habillage, repas, déplacements, activités de stimulation | Préserver l’autonomie résiduelle et la dignité | Auxiliaires de vie, aides à domicile (SAAD) |
| Suivi médical | Consultations régulières, bilan gériatrique, télémédecine, coordination avec médecin traitant | Détecter et prévenir les complications liées à la dépendance | Médecin coordonnateur, médecin traitant, gériatre |
| Coordination sociale | Évaluation des besoins, orientation vers les aides, lien avec les services sociaux et familles | Garantir la cohérence du parcours et soutenir les aidants | Infirmière coordinatrice, assistante sociale |
| Prestations à domicile | Portage de repas, téléassistance, aménagement du logement, livraison de matériel médical | Sécuriser le quotidien et prévenir les accidents domestiques | Prestataires spécialisés, ergothérapeute, SSIAD[11] |
Les professionnels mobilisés autour du résident
L’équipe intervenante est pluridisciplinaire et coordonnée par une infirmière coordinatrice de parcours, cheville ouvrière du dispositif. Elle comprend :
- des infirmières ;
- des aides-soignantes ;
- des auxiliaires de vie (mandatées par les SAAD) ;
- un médecin coordonnateur rattaché à l’EHPAD porteur ;
- selon les besoins, un psychologue, un ergothérapeute ou un psychomotricien.
Des prestataires extérieurs (portage de repas, téléassistance, SSIAD) complètent l’offre.
Chaque intervenant s’inscrit dans un plan de soins individualisé, élaboré lors de l’évaluation initiale et révisé régulièrement.
Coordination des soins et suivi médical régulier
La coordination est l’un des points forts du dispositif. Contrairement au maintien à domicile classique, où les intervenants fonctionnent souvent en silo, l’EHPAD hors les murs prévoit des réunions de synthèse régulières entre les différents professionnels.
Le médecin coordonnateur assure la supervision médicale globale et maintient le lien avec le médecin traitant.
Des outils numériques de coordination (dossier de soins partagé, messagerie sécurisée) facilitent la transmission d’informations. L’arrêté du 27 avril 2022 prévoit également la possibilité de recourir à des actes de télésanté (télémédecine, télésoin) pour améliorer la réactivité et réduire les déplacements inutiles.
Rôle de l’aidant dans le dispositif
L’aidant principal, qu’il soit conjoint, enfant ou proche, occupe une place centrale. Mais le dispositif veille à ne pas lui faire porter une charge excessive.
Un bilan de la situation de l’aidant est réalisé dès l’entrée dans le dispositif. Des solutions de répit (hébergement temporaire, accueil de jour, relais à domicile) peuvent être mobilisées en complément.
L’infirmière coordinatrice est l’interlocutrice privilégiée de la famille. Elle informe, rassure et oriente. Cette dimension de soutien aux aidants est explicitement prévue dans le cahier des charges du centre de ressources territorial.

Quels services sont proposés dans le cadre de l’EHPAD « hors les murs » ?
Les services proposés couvrent l’ensemble des dimensions de la vie quotidienne, du soin technique au soutien psychologique, en passant par la sécurisation du logement.
Soins infirmiers, aide à la vie quotidienne et portage de repas
Les soins infirmiers représentent le socle du dispositif de soins (pansements, injections, surveillance des paramètres vitaux, gestion des traitements médicamenteux…). Les aides-soignantes et auxiliaires de vie assurent les soins d’hygiène, l’aide à l’habillage, à la mobilisation et aux repas.
Le portage de repas à domicile, souvent assuré par le CCAS[12] (Centre Communal d’Action Sociale) ou un prestataire conventionné, garantit une alimentation adaptée aux besoins nutritionnels.
Ces prestations sont éligibles à l’APA et à diverses aides locales, selon les départements. Le volume hebdomadaire d’interventions est défini dans le plan de soins individualisé et peut évoluer selon l’état de santé.
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Accompagnement psychologique et prévention de l’isolement
Un psychologue peut intervenir régulièrement au domicile pour évaluer l’état émotionnel, prévenir la dépression[13] et l’isolement social, souvent aggravés chez les personnes dépendantes vivant seules.
Des activités de stimulation cognitive ou des sorties accompagnées peuvent être proposées.
L’EHPAD porteur peut également ouvrir ses portes à la personne accompagnée pour des activités d’accueil de jour, créant ainsi un lien social précieux. Ce continuum entre domicile et établissement est particulièrement important pour les personnes atteintes de troubles cognitifs.
Aménagement du logement et sécurisation de l’environnement
Un logement inadapté représente l’un des premiers risques pour une personne dépendante à domicile. Dans le cadre du dispositif, un ergothérapeute réalise une évaluation du domicile et recommande les adaptations nécessaires :
- installation de mains courantes ;
- suppression des obstacles ;
- adaptation de la salle de bain ;
- mise en place d’une téléassistance…
Des aides financières spécifiques existent pour ces travaux, notamment l’aide de l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat) et les crédits d’impôt liés aux dépenses d’adaptation.
L’objectif est de réduire les risques de chute, première cause d’hospitalisation chez les plus de 65 ans, et de sécuriser le quotidien.
EHPAD classique ou EHPAD « hors les murs » : comment choisir ?
Le choix entre ces deux options dépend avant tout de la situation médicale et du contexte de vie de votre proche, mais aussi des ressources disponibles sur votre territoire.
Deux modèles aux logiques distinctes
L’EHPAD traditionnel offre une prise en charge 24 h/24, 7j/7, dans un cadre institutionnel sécurisé, avec une présence soignante permanente. Il est adapté aux situations de dépendance lourde nécessitant une surveillance médicale continue.
L’EHPAD hors les murs, lui, maintient la personne dans son environnement familier, avec une organisation souple et modulable, mais sans présence soignante nocturne garantie, dans la majorité des cas.
Ces deux modèles ne sont pas antagonistes. Le second peut préparer ou retarder l’entrée en établissement, voire s’y articuler dans une logique de parcours progressive.
Selon une étude publiée dans la revue Gérontologie[14] et Société (2021), les bénéficiaires du dispositif hors les murs expriment généralement un niveau de satisfaction élevé, notamment sur la qualité de la relation avec les professionnels intervenants.
Les critères déterminants pour orienter la décision
Plusieurs éléments peuvent guider votre choix. Optez plutôt pour l’EHPAD hors les murs si votre proche :
- est classé en GIR 2 à 4 ;
- exprime une volonté forte de rester à domicile ;
- bénéficie d’un entourage présent ;
- dispose d’un logement adaptable.
En revanche, préférez l’EHPAD classique si :
- la perte d’autonomie est sévère (GIR 1) ;
- les troubles comportementaux sont importants ;
- l’isolement géographique est marqué ;
- l’aidant est lui-même en situation de fragilité.
La disponibilité locale du dispositif est également un facteur déterminant. Tous les départements ne disposent pas encore d’un EHPAD-CRT opérationnel ! Renseignez-vous auprès de votre CLIC[8] ou de votre MDPH.
L’EHPAD hors les murs représente une avancée majeure dans l’accompagnement du grand âge en France. Encore en développement, ce dispositif mérite d’être mieux connu des familles. N’hésitez pas à consulter votre CLIC ou votre médecin traitant pour savoir si ce type de prise en charge à domicile est disponible près de chez vous.
FAQ
Comment faire une demande d’intégration dans un EHPAD hors les murs ?
Commencez par contacter votre CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination) ou votre CCAS, qui recense les dispositifs disponibles sur votre territoire. Vous pouvez également vous rapprocher directement des EHPAD de proximité pour savoir s’ils exercent une mission de centre de ressources territorial, ou solliciter les conseillers Annuaire Retraite, qui peuvent vous orienter vers les structures adaptées à la situation de votre proche. Une évaluation médico-sociale à domicile sera ensuite organisée pour valider l’éligibilité et construire le plan de soins.
Peut-on intégrer ce dispositif en urgence, par exemple après une hospitalisation ?
Certains dispositifs prévoient une entrée rapide, notamment dans le cadre d’une sortie d’hospitalisation. L’assistante sociale du service hospitalier peut déclencher les démarches et prendre contact avec l’EHPAD porteur. Toutefois, les délais varient selon les territoires et la disponibilité des équipes. Anticipez autant que possible, même pendant le séjour à l’hôpital.
Que se passe-t-il si l’état de santé de mon proche se dégrade et qu’un hébergement en établissement devient nécessaire ?
Le dispositif n’est pas irréversible. Si la situation évolue vers une dépendance trop lourde pour être gérée à domicile, une orientation vers un EHPAD traditionnel peut être organisée, souvent en lien avec le médecin coordonnateur déjà impliqué. Ce suivi continu facilite la transition et évite une rupture brutale dans le parcours de soins.
L’EHPAD hors les murs peut-il fonctionner si mon proche vit seul, sans aidant familial ?
L’absence d’aidant n’est pas un critère d’exclusion, mais elle implique un volume d’interventions professionnelles plus important et une vigilance accrue sur la sécurisation du logement. La téléassistance et les passages pluriquotidiens peuvent compenser partiellement cet isolement.
Quelle est la différence entre l’EHPAD hors les murs et un SSIAD ou un SAAD classique ?
Un SSIAD assure uniquement des soins infirmiers et d’hygiène. Un SAAD se limite à l’aide à la vie quotidienne. L’EHPAD hors les murs, lui, intègre ces deux dimensions tout en y ajoutant une coordination médicale, un suivi psychologique et une supervision gériatrique structurée. C’est ce qui en fait un dispositif nettement plus complet.
Sources :
- La prévention du risque de chute auprès des seniors – IFOP
- Arrêté du 27 avril 2022 relatif à la mission de centre de ressources territorial pour les personnes âgées – Légifrance
- Loi de financement de la sécurité sociale pour 2022 – Assemblée nationale
- Braverman, L., Dufour-Kippelen, S., & Fermon, B. (2021). Un dispositif EHPAD « hors les murs » : l’utilisation par ses bénéficiaires. Gérontologie et société, 43165(2), 263-277.






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