Lorsque vous visitez un EHPAD, le programme d’activités peut sembler très fourni. Pourtant, un même intitulé recouvre parfois des réalités très différentes, selon s’il s’agit de séances hebdomadaires encadrées par un professionnel diplômé, d’ateliers menés par l’équipe ou d’animations exceptionnelles. Les intervenants en EHPAD ne remplissent pas tous la même mission et certains soins restent réservés aux professionnels de santé. Qui fait quoi auprès de votre proche ? Comment savoir si une activité correspond à ses besoins et si elle est réellement proposée ? Voici des repères pour comprendre ces accompagnements et leur organisation.
Quels sont les intervenants en EHPAD qui complètent l’équipe permanente ?
Les animations collectives font partie des prestations minimales de l’EHPAD, mais les professionnels qui les animent varient selon chaque établissement.
Des intervenants en EHPAD salariés ou extérieurs
Un EHPAD s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire chargée des soins, de l’aide quotidienne et de l’accompagnement psychosocial. Elle réunit notamment un médecin coordonnateur, des infirmiers, des aides-soignants, des accompagnants éducatifs et sociaux et des personnels psycho-éducatifs.
Selon son organisation, l’établissement peut aussi employer un psychologue, un ergothérapeute, un psychomotricien ou un animateur.
Autour de cette équipe travaillent parfois des salariés à temps partiel, des prestataires, des associations et des bénévoles.
Il faut donc distinguer quatre catégories d’interventions en EHPAD :
- les soins médicaux ou paramédicaux, assurés par des professionnels dont les compétences sont réglementées ;
- les interventions non médicamenteuses, construites autour d’objectifs définis et évalués ;
- les animations, centrées sur le plaisir, la participation et la vie sociale ;
- les prestations de confort, comme la coiffure ou certains soins esthétiques.
Une même activité peut se situer dans des registres différents. Chanter avec l’animateur n’est pas une séance de musicothérapie. Faire quelques mouvements pendant une animation ne correspond pas nécessairement à un programme d’APA.

Une offre d’intervenants en EHPAD variable selon les établissements
La réglementation impose aux EHPAD une équipe minimale et l’accès à des animations collectives. Elle n’oblige pas chaque structure à employer un musicothérapeute, un art-thérapeute ou un enseignant en APA. Leur présence dépend du projet d’établissement, des besoins repérés, des partenariats locaux et des moyens disponibles.
Le rythme compte autant que l’intitulé. Un atelier peut avoir lieu chaque semaine, une fois par mois ou pendant un cycle limité. Lors d’une visite, demandez le planning récent plutôt qu’une simple liste d’activités.
| Domaine d’intervention | Professionnels concernés | Objectif recherché |
| Mobilité | Enseignant en APA | Entretenir les capacités physiques |
| Expression | Musicothérapeute, art-thérapeute | Favoriser l’expression et les interactions |
| Bien-être | Socio-esthéticien, coiffeur | Préserver l’estime de soi |
| Lien social | Associations, bénévoles | Maintenir les échanges et l’ouverture |
Comment l’enseignant en APA aide-t-il à préserver l’autonomie ?
Chez les adultes âgés, toute activité physique est toujours préférable à l’inactivité. Les recommandations doivent cependant être ajustées aux capacités fonctionnelles, aux maladies et au risque de chute de chacun.
Une activité physique adaptée aux capacités du résident
L’appellation officielle est « enseignant en activité physique adaptée », souvent abrégée en EAPA. Ce professionnel formé en STAPS conçoit des séances pour des personnes dont l’âge, une maladie ou un handicap nécessite des adaptations.
Avant de proposer des exercices, il recueille les informations utiles et apprécie les possibilités de la personne. Il peut observer son équilibre, sa marche, sa capacité à se relever ou à suivre une consigne. Les objectifs sont ajustés à son état de santé et coordonnés avec l’équipe.
Une séance peut associer déplacements, équilibre, coordination et renforcement musculaire. Elle peut se dérouler debout, assis ou avec un appui. L’objectif n’est pas la performance, mais une mobilisation adaptée.
Une action tournée vers le mouvement et la confiance
Les exercices cherchent notamment à entretenir les capacités utiles pour marcher, changer de position ou participer aux gestes quotidiens. En cas de mobilité modérément altérée ou de risque de chute, un programme d’APA supervisé peut être proposé après évaluation.
Les séances collectives ajoutent une dimension relationnelle. Le groupe et les progrès ressentis peuvent soutenir l’envie de bouger. Toutefois, l’APA ne supprime pas à elle seule le risque de chute, qui dépend de nombreux facteurs.
Un rôle différent de celui du kinésithérapeute
Le masseur-kinésithérapeute[3] intervient dans le champ du soin et de la rééducation. L’enseignant en APA construit une pratique physique adaptée, tournée vers l’entretien des capacités et la participation. Leurs interventions peuvent se compléter, mais ne sont pas interchangeables.
Une personne peut ainsi suivre une rééducation après une fracture, puis rejoindre un groupe d’APA. Ergothérapeute et psychomotricien peuvent également intervenir selon ses besoins. La coordination évite des objectifs contradictoires.
Quel rôle jouent la musicothérapie et les médiations artistiques auprès des résidents ?
Chez certaines personnes atteintes de démence avancée, la réceptivité à la musique peut persister malgré la perte du langage. Cette possibilité explique son usage fréquent comme support relationnel en établissement.
La musicothérapie pour éveiller les souvenirs et l’expression
La musicothérapie utilise l’écoute, la voix, le rythme ou les instruments. Elle peut être active, lorsque la personne chante ou joue, ou réceptive. Les séances sont individuelles ou collectives.
Une musique familière peut faire surgir des souvenirs, susciter une réaction émotionnelle et offrir un moyen d’expression lorsque les mots deviennent difficiles. Une synthèse de 30 essais réunissant 1 720 personnes atteintes de démence permet d’ailleurs d’observer une amélioration des symptômes dépressifs en fin de séance.
L’art-thérapie comme espace de création
L’art-thérapeute peut employer le dessin, la peinture, le modelage, le mouvement ou le théâtre comme supports d’expression. La qualité esthétique de la production n’est pas le but recherché. Une séance d’art-thérapie se distingue d’un simple atelier créatif par son cadre, ses objectifs individualisés et sa coordination avec l’équipe.
Ces médiations peuvent aider le résident à communiquer autrement, à mobiliser ses capacités préservées et à éprouver le plaisir de créer. Elles offrent aussi un cadre pour exprimer des émotions parfois difficiles à formuler.
La médiation animale pour favoriser la relation
La médiation animale organise la rencontre avec un animal sélectionné, sous la conduite d’un intervenant. Selon ses possibilités, le résident peut l’observer, le caresser, le brosser ou marcher quelques pas à ses côtés. Le contact avec l’animal peut solliciter l’attention, faciliter les échanges spontanés et encourager certains mouvements.
La participation reste adaptée aux envies et aux réactions de chacun. La peur des animaux, les allergies, le risque de chute, l’hygiène et le bien-être de l’animal doivent être pris en compte.
Quels professionnels participent au bien-être et à la vie sociale ?
En EHPAD, la vie sociale dépend des activités proposées, mais aussi du maintien des habitudes et des rôles qu’il souhaite conserver.
La socio-esthétique et les soins d’apparence
Le socio-esthéticien utilise des soins esthétiques adaptés auprès de personnes fragilisées. Il peut proposer un soin du visage, une manucure, du maquillage ou des conseils pour prendre soin de son apparence. Ces moments peuvent aider le résident à retrouver des habitudes auxquelles il tient.
Ils ne sont ni des actes médicaux ni des soins infirmiers. Le professionnel doit respecter l’intimité, obtenir l’accord de la personne et adapter ses produits.

Les prestations de coiffure et de pédicurie
Le coiffeur peut recevoir les résidents dans un salon aménagé ou se déplacer dans leur chambre. La prestation est souvent facultative et facturée en supplément. Son tarif et son mode de paiement doivent être vérifiés auprès de l’établissement.
La pédicurie esthétique vise avant tout le confort et le bien-être des pieds, par le soin des ongles, de la peau et l’amélioration de l’hygiène et de l’apparence générale. Elle ne remplace toutefois pas la pédicurie-podologie, réalisée par un professionnel de santé habilité à prendre en charge certaines pathologies du pied.
Les associations, bénévoles et représentants des cultes
Associations et bénévoles peuvent proposer des visites, des lectures, des sorties ou des rencontres intergénérationnelles. Ils interviennent dans un cadre défini par l’EHPAD, sans remplacer les professionnels.
Le résident garde également le droit de pratiquer sa religion, dans le respect de la liberté d’autrui et du fonctionnement de l’établissement. Il peut demander la visite d’un représentant de son culte. Cette possibilité ne doit présumer ni de ses convictions ni de celles de sa famille.
Comment les interventions sont-elles choisies et adaptées à chaque personne ?
Une activité appréciée par plusieurs résidents peut fatiguer, désorienter ou ennuyer une autre personne. Son intérêt se juge individuellement à partir d’observations répétées dans le temps et de son ressenti.
Une programmation fondée sur le projet personnalisé
Le projet personnalisé relie l’accompagnement aux attentes et aux besoins du résident. L’équipe recueille ses anciennes activités, ses goûts, son rapport aux animaux ou son envie de participer à un groupe.
Ces informations sont réévaluées. Une fatigue, une douleur ou l’évolution d’un trouble cognitif peuvent rendre une activité moins accessible. Sa durée, son horaire ou le matériel peuvent alors être adaptés.
Le consentement et la liberté de participation
L’entrée en EHPAD n’efface pas le droit de choisir parmi les prestations proposées. Un résident peut essayer une séance, la refuser ou partir avant la fin. Un refus n’est pas forcément un manque de motivation. L’horaire, le bruit, la composition du groupe ou une consigne mal comprise peuvent l’expliquer.
Lorsque la personne communique difficilement, l’équipe observe ses réactions. Retrait, agitation, attention ou envie de revenir peuvent renseigner sur son confort, sans remplacer sa parole.
Une coordination avec l’équipe de l’EHPAD
L’intervenant reçoit les informations nécessaires à la sécurité et à l’objectif de la séance. Leur transmission dépend de son statut et respecte la confidentialité. Après la séance, les observations utiles peuvent être partagées avec les professionnels concernés. Tolérance, plaisir et difficultés aident à décider s’il faut poursuivre, adapter ou proposer autre chose.
Pour évaluer l’offre d’un EHPAD, demandez donc qui intervient, avec quelle qualification, à quel rythme et pour combien de résidents. Vérifiez aussi si les séances sont comprises dans le tarif. Ces réponses renseignent davantage qu’un programme séduisant affiché dans le hall.
La diversité des intervenants ne suffit pas à mesurer la qualité de l’accompagnement. Regardez surtout la régularité, l’adaptation et le respect des choix. Un échange avec l’animateur ou le coordonnateur vous aidera à repérer les propositions auxquelles votre proche pourrait réellement prendre plaisir, sans se sentir forcé d’y prendre part.
FAQ
La famille peut-elle assister à une séance ou à un atelier avec son proche ?
La présence d’un proche peut faciliter la participation du résident lors d’un atelier festif, culturel ou intergénérationnel. Elle sera moins adaptée pendant une séance thérapeutique individuelle ou un petit groupe nécessitant de préserver l’attention et la confidentialité. Adressez votre demande à l’animateur ou au professionnel concerné. Certains EHPAD prévoient d’ailleurs des ateliers ouverts aux familles à des dates annoncées.
Peut-on demander l’intervention d’un professionnel qui n’est pas proposé par l’EHPAD ?
Vous pouvez soumettre l’idée à l’animateur, à l’IDEC ou à la direction, notamment si plusieurs résidents pourraient en bénéficier. L’établissement reste libre d’accepter cette proposition selon son budget, ses locaux et son projet d’accompagnement. Pour une intervention réservée à votre proche, renseignez-vous sur les conditions d’accès, le financement et les responsabilités du prestataire extérieur.
Les résidents alités ou très dépendants peuvent-ils bénéficier de ces activités ?
Certaines interventions peuvent être réalisées dans la chambre ou adaptées à une position assise ou allongée. Écoute musicale, lecture, soins socio-esthétiques ou activités sensorielles peuvent ainsi rester accessibles. Cette possibilité dépend toutefois de l’état de santé du résident, de son accord et des modalités de travail du professionnel. L’équipe peut rechercher une proposition moins fatigante.
Comment savoir si son proche participe réellement aux ateliers proposés ?
Le planning indique ce qui est organisé, mais pas nécessairement la participation individuelle. Avec l’accord de votre proche, vous pouvez interroger l’animateur ou son référent sur les activités essayées, appréciées ou refusées. Les photos et comptes rendus collectifs donnent quelques repères, sans remplacer un échange personnalisé ni autoriser la diffusion d’informations concernant les autres résidents.
Les interventions sont-elles différentes au sein d’un PASA ?
Elles sont généralement organisées en petits groupes et adaptées aux troubles cognitifs, au besoin de repères et à la fatigabilité. Le PASA accueille en journée certains résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou apparentée et présentant des troubles modérés du comportement. Leur participation suppose leur accord, une décision de l’équipe et une validation par le médecin coordonnateur.
Sources :
- Enseignant en activité physique adaptée (EAPA) – Ministère de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées
- Maintien des capacités motrices des personnes âgées – HAS
- VAN DER STEEN, Jenny T., VAN DER WOUDEN, Johannes C., METHLEY, Abigail M., et al. Music‐based therapeutic interventions for people with dementia. Cochrane database of systematic reviews, 2025, no 3.





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