Parkinson et Alzheimer : peut-on avoir les deux en même temps et comment les traiter ?

Parkinson et Alzheimer : peut-on avoir les deux en même temps et comment les traiter ?
EHPAD Alzheimer

Troubles de la mémoire, gestes maladroits, confusion passagère : face à ces signes, de nombreuses familles hésitent entre deux diagnostics redoutés, Parkinson ou Alzheimer. Deux maladies que l’on croit opposées, mais dont les symptômes peuvent parfois se superposer et brouiller les repères. Cette confusion alimente l’angoisse, retarde la compréhension de la maladie et complique les décisions médicales et familiales, alors même que l’évolution peut être rapide et imprévisible.

Dans cet article, nous vous aidons à comprendre quand et pourquoi les frontières entre Parkinson et Alzheimer se confondent, à identifier les maladies intermédiaires comme la démence à corps de Lewy, et à savoir comment réagir pour mieux accompagner la personne concernée.

Des maladies sœurs, mais aux visages différents

Alzheimer s’impose souvent par la perte de mémoire, les difficultés à raisonner, des changements de personnalité qui désorientent autant le patient que son entourage. Les mots peinent à venir, l’espace et le temps se dérobent.

Parkinson, lui, s’avance dans le silence des gestes : tremblements, muscles raides, lenteur des mouvements, équilibre fragile. Deux affections neurodégénératives majeures, toutes deux irréversibles, qui grignotent peu à peu l’autonomie.

Au cœur de ces processus, des mécanismes distincts. Alzheimer détruit les cellules cérébrales via des dépôts de plaques amyloïdes et d’enchevêtrements tau, perturbant la communication entre neurones. Parkinson, de son côté, frappe la substance noire du cerveau, faisant chuter la dopamine, neurotransmetteur clé du contrôle moteur.

Entre recoupement et confusion : la question du double diagnostic

On imagine parfois un patient atteint à la fois d’Alzheimer et de Parkinson. En réalité, la situation se révèle plus nuancée. Statistiquement, développer successivement les deux maladies reste exceptionnel. Après dix à quinze ans de Parkinson, environ 30 % des patients voient apparaître une démence, mais il s’agit rarement d’Alzheimer à proprement parler. Il existe une palette de démences : fronto-temporale, vasculaire, démence à corps de Lewy, ou encore mixtes.

Pourquoi cette confusion ? Parce que les frontières cliniques se brouillent. Certains patients présentent des signes moteurs typiques de Parkinson, puis voient leur mémoire et leur jugement vaciller, comme dans Alzheimer. D’autres montrent d’emblée un tableau hybride, où troubles cognitifs et moteurs avancent main dans la main.

Senior avec des signes moteurs typiques de Parkinson et des troubles de la mémoire comme dans Alzheimer

La maladie à corps de Lewy : l’intermédiaire surprenant

Ce syndrome particulier, la maladie à corps de Lewy (MCL), occupe une place à part. 

Une maladie aux symptômes mixtes et déroutants

Elle emprunte à Alzheimer ses troubles cognitifs (perte de mémoire, désorientation, difficultés de langage), à Parkinson ses signes moteurs (rigidité, tremblements, lenteur), et y ajoute des symptômes qui déconcertent : hallucinations visuelles précoces, fluctuations soudaines de l’attention, troubles sévères du sommeil (cauchemars, agitation nocturne), et parfois des délires complexes.

La MCL, troisième cause de démence neurodégénérative après Alzheimer et les formes vasculaires, touche majoritairement les plus de 65 ans. Son évolution reste imprévisible. Les symptômes cognitifs et moteurs peuvent émerger simultanément ou presque, un point qui la distingue des autres formes de démence. Sur le plan biologique, on observe une accumulation anormale de corps de Lewy (dépôts d’alpha-synucléine) dans les cellules cérébrales, qui perturbent la transmission des messages nerveux.

  • Hallucinations visuelles fréquentes, souvent détaillées, parfois angoissantes
  • Ralentissement moteur, démarche traînante, chutes inexpliquées
  • Oscillations marquées de la vigilance, avec des moments de grande confusion alternant avec des périodes de lucidité
  • Variations de la tension artérielle, sueurs, troubles urinaires, constipation
  • Agitation nocturne, comportements inadaptés au réveil
  • Changements d’humeur, agressivité possible lors d’épisodes confus

Un diagnostic complexe reposant sur plusieurs examens

Le diagnostic de la MCL, souvent posé tardivement, repose sur une analyse fine des symptômes et sur des examens complémentaires. IRM, scintigraphie, polysomnographie, DAT scan : chaque outil permet d’affiner le profil du patient et d’écarter d’autres causes.

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Quand les lésions s’additionnent : le cas des formes mixtes

Des études post-mortem révèlent que de nombreux patients porteurs de démence présentent à la fois des lésions typiques d’Alzheimer (plaques amyloïdes, enchevêtrements tau) et des corps de Lewy. Ce chevauchement explique la présence de symptômes croisés, la difficulté du diagnostic et la diversité des évolutions cliniques. Parfois, la maladie à corps de Lewy se superpose à une maladie d’Alzheimer déjà installée, renforçant la complexité du tableau.

Dans d’autres cas, la démence de la maladie de Parkinson s’installe après plusieurs années d’évolution des troubles moteurs. Les frontières entre ces pathologies s’estompent alors. Les neurologues s’attachent surtout à la chronologie d’apparition des symptômes pour orienter le diagnostic : simultanéité des troubles moteurs et cognitifs pour la MCL, déclin cognitif tardif pour la démence de Parkinson, troubles de mémoire initiaux pour Alzheimer pur.

Prise en charge : équilibre fragile, multidisciplinarité obligatoire

Pas de remède, mais des stratégies pour améliorer le confort et retarder la perte d’autonomie. 

Une prise en charge globale et évolutive

La prise en charge mobilise une équipe variée : neurologue, gériatre, psychomotricien, orthophoniste, infirmier, psychologue. Chacun adapte ses interventions à l’évolution du patient.

  • Création d’un environnement stable et rassurant, éclairage naturel, repères visuels, routine quotidienne structurée
  • Stimulation physique et cognitive, activités adaptées, maintien des liens sociaux
  • Explications simples et fréquentes lors des changements de lieu ou de soignant
  • Évaluation régulière des capacités et adaptation des soins

Senior atteinte d'Alzheimer ou Parkinson prise en charge par une neurologue

Des traitements médicamenteux à manier avec précaution

Côté médicaments, prudence. Les inhibiteurs de la cholinestérase (rivastigmine, donépézil) – utilisés aussi dans Alzheimer – améliorent parfois les troubles cognitifs de la MCL ou de la démence de Parkinson.

Les traitements antiparkinsoniens (lévodopa notamment) soulagent la raideur ou la bradykinésie, mais risquent d’exacerber les hallucinations ou la confusion, surtout chez les patients à corps de Lewy. Les antipsychotiques de première génération sont à proscrire ; la clozapine ou la pimavansérine, à faible dose, restent parfois nécessaires pour calmer les délires.

Chaque amélioration d’un symptôme peut aggraver un autre. Toute adaptation thérapeutique doit se faire en concertation, pas à pas, pour éviter les effets indésirables majeurs.

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Vivre avec : soutenir les aidants, anticiper l’avenir

À mesure que la maladie progresse, la dépendance s’installe. Perte de mobilité, troubles de la déglutition, communication difficile. Les risques de chutes, d’infections, de dénutrition[2] augmentent. L’accompagnement doit aussi concerner les proches : soutien psychologique, groupes de parole, relais à domicile. Prendre soin de l’aidant, c’est aussi prendre soin du patient.

En phase avancée, les questions de soins palliatifs, de confort, de directives anticipées se posent. L’objectif : préserver la dignité, limiter la souffrance, rester attentif à la qualité de vie jusqu’au bout, même quand la parole s’efface.

FAQ pratique : ce qu’il faut savoir

Peut-on avoir Parkinson et Alzheimer en même temps ? 

Oui, mais c’est rare. Le plus souvent, les symptômes mixtes relèvent de la maladie à corps de Lewy ou d’une démence de Parkinson évoluée, avec parfois des lésions d’Alzheimer associées.

Comment différencier la maladie à corps de Lewy d’un Alzheimer ?

Les hallucinations visuelles précoces, les fluctuations de l’attention et la présence simultanée de troubles moteurs sont des signes clés de la MCL. Alzheimer débute généralement par des troubles de mémoire isolés.

Quels traitements pour la MCL ? 

Traitements symptomatiques uniquement. Prudence avec les médicaments : certains soulagent la mémoire, d’autres aggravent les troubles moteurs ou les hallucinations. L’accompagnement non médicamenteux reste central.

Combien de temps peut-on vivre avec ces maladies ? 

L’espérance de vie varie selon l’âge, la gravité des symptômes, les comorbidités et la qualité de l’accompagnement. De quelques années à plus d’une décennie après le diagnostic.

Comment prévenir l’agressivité ou les crises ? 

Rester calme, ne pas chercher à raisonner. Préférer un environnement apaisant, solliciter un suivi médical régulier pour ajuster les traitements.

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