En France, 1,2 million de personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer. Pour la grande majorité d’entre elles, le maintien à domicile reste le choix prioritaire, tant pour les familles que pour les politiques publiques. Pourtant, un professionnel de santé, dont le rôle est pourtant décisif, reste encore largement ignoré. Qui est-il et comment peut-il vous accompagner concrètement ? On fait le point ensemble.
L’ergothérapeute : quel rôle concret dans le maintien à domicile avec Alzheimer ?
En 2025, 83 % des ergothérapeutes français ont accompagné des personnes vivant avec Alzheimer, et plus d’un sur deux intervient désormais à domicile.
Architecte de l’autonomie au quotidien
L’ergothérapeute est un professionnel de santé formé pour évaluer les capacités fonctionnelles, cognitives et environnementales d’une personne.
Auprès des patients Alzheimer, il pose un diagnostic ergothérapique tenant compte des habitudes, de l’histoire de vie et des capacités résiduelles de chacun.
Son approche, centrée sur ce que la personne peut encore faire et non sur ses limites, vise à préserver son autonomie et sa dignité au quotidien.

Sept interventions clés pour préserver l’autonomie à domicile
À domicile, l’ergothérapeute intervient sur sept axes complémentaires :
- aménagement du logement pour sécuriser les déplacements ;
- réadaptation cognitive ;
- prévention des chutes ;
- préconisation d’aides techniques ;
- soutien à la mobilité ;
- éducation thérapeutique ;
- accompagnement des aidants.
Selon l’enquête 2025 de la Fondation Médéric Alzheimer, 43 % des professionnels agissent très souvent en prévention des chutes et 50 % en réadaptation cognitive, contre respectivement 20 % et 8 % en 2010.
Un allié pour les aidants, pas seulement pour le patient
L’ergothérapeute forme aussi les proches à décrypter les comportements déroutants (refus de toilette, agitation nocturne, errance), pour qu’ils puissent y répondre sans s’épuiser. En comprenant mieux ce que traverse leur parent, les aidants gagnent en sérénité et en efficacité.
Cette dimension éducative contribue directement à retarder un placement en institution et à préserver la qualité de vie de toute la famille.
Pourquoi cet expert de l’autonomie reste-t-il encore dans l’ombre ?
Trois freins structurels expliquent pourquoi l’ergothérapeute, malgré son utilité prouvée, reste l’un des grands oubliés du maintien à domicile avec Alzheimer.
Un métier méconnu du grand public et des prescripteurs
Peu médiatisé, rarement cité lors des consultations, le métier d’ergothérapeute reste largement ignoré, y compris par certains soignants.
En 2025, 38 % des orientations vers ces professionnels proviennent d’autres acteurs de santé (gériatres, infirmiers), contre 34 % pour les médecins généralistes et 23 % pour les neurologues.
Cette méconnaissance entraîne des recours tardifs, souvent après que la perte d’autonomie se soit aggravée.
Des freins financiers qui bloquent l’accès au maintien à domicile Alzheimer
Les actes d’ergothérapie ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale, faute de nomenclature officielle. Les honoraires restent entièrement à la charge des familles, sauf prise en charge partielle par une mutuelle, la MDPH ou une caisse de retraite.
Les dispositifs actuels de financement privilégient d’autres pathologies (dyspraxie, TDAH, troubles du développement) au détriment des maladies neurodégénératives, creusant une inégalité d’accès difficile à accepter.
Une coordination encore insuffisante avec les autres intervenants
Entre 52 % et 65 % des ergothérapeutes interviendraient sans prescription médicale, alors que celle-ci est obligatoire selon le Code de la santé publique. Cette situation floue complique leur intégration dans les parcours de soins pluridisciplinaires.
La transmission des informations médicales reste souvent lacunaire. Le compte rendu neuropsychologique fait défaut dans 33 % des situations de prise en soin, l’examen neurologique dans 29 % des cas.
Quels dispositifs existent pour soutenir le maintien à domicile d’une personne Alzheimer ?
Des ressources publiques et professionnelles permettent de structurer un accompagnement coordonné, adapté à l’évolution de chaque situation.
Les professionnels qui forment l’équipe de soin à domicile
Face à Alzheimer, le maintien à domicile repose sur une équipe pluridisciplinaire (infirmiers des SSIAD[3], aides à domicile, psychomotriciens, orthophonistes, médecin traitant, gériatre…).
Créées par le Plan Alzheimer 2008-2012, les Équipes Spécialisées Alzheimer (ESA) représentent un dispositif structurant. En 2018, 399 structures en étaient déjà dotées. Ces équipes assurent des interventions régulières à domicile, sur prescription médicale, dans une logique pluridisciplinaire et coordonnée.

Aides financières et droits à connaître
Plusieurs aides permettent de financer cet accompagnement :
- l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) finance une partie des services d’aide à domicile selon le niveau de dépendance (GIR[5] 1 à 4) ;
- MaPrimeAdapt’ prend en charge jusqu’à 70 % des travaux d’adaptation du logement ;
- la MDPH peut ouvrir des droits complémentaires ;
- les caisses de retraite et mutuelles complètent parfois les restes à charge, notamment pour les séances d’ergothérapie ;
- le congé de proche aidant offre aussi un droit au répit.
Technologies et activités pour ralentir la perte d’autonomie
Les outils technologiques offrent une sécurité précieuse : téléassistance en cas de chute, géolocalisation pour prévenir les fugues, domotique adaptée pour faciliter les gestes du quotidien, etc.
En parallèle, des activités comme la cuisine, le jardinage ou des ateliers sensoriels stimulent les fonctions cognitives encore préservées. Maintenir une participation active à la vie quotidienne reste l’un des leviers les plus efficaces contre la progression de la perte d’autonomie.
Domicile ou EHPAD : quelles différences réelles pour un patient Alzheimer ?
Face à l’évolution inéluctable de la maladie, la question du passage en établissement finit par se poser pour chaque famille.
Ce que proposent les EHPAD spécialisés Alzheimer
Les EHPAD disposant d’une Unité de Vie Protégée (UVP) offrent un environnement sécurisé, des équipes formées aux troubles cognitifs, des activités collectives adaptées et une présence médicale continue. La coordination entre soignants y est intégrée.
En contrepartie, le cadre institutionnel suppose une rupture avec le domicile, les objets familiers et les repères affectifs qui structurent encore l’identité de votre proche.
LIRE AUSSI : Quels sont les services proposés aux patients Alzheimer en EHPAD ?
Rester chez soi : bénéfices, limites et conditions du maintien à domicile
Rester dans un environnement familier préserve les repères, l’identité et le lien social de la personne atteinte d’Alzheimer. Mais cela exige un logement sécurisé, un aidant disponible et un réseau de soins structuré.
Le maintien à domicile atteint ses limites au stade sévère, en cas d’épuisement de l’aidant ou face à des risques de fugue ou de chutes graves répétées.
L’ergothérapeute n’est pas une solution miracle, mais un maillon stratégique trop souvent négligé dans le parcours Alzheimer. Mieux le connaître, c’est ouvrir des possibilités concrètes pour votre proche. N’hésitez pas à en parler dès aujourd’hui avec votre médecin traitant ou à solliciter un service d’accompagnement spécialisé près de chez vous.
FAQ
À quel moment faut-il faire appel à un ergothérapeute pour une personne atteinte d’Alzheimer ?
Il est conseillé de solliciter un ergothérapeute dès l’annonce du diagnostic, sans attendre une chute ou une crise. Une intervention précoce permet d’anticiper les aménagements nécessaires, de préserver plus longtemps les capacités résiduelles et de préparer les aidants dans de meilleures conditions.
Comment trouver un ergothérapeute spécialisé Alzheimer près de chez soi ?
Vous pouvez consulter l’annuaire de l’ANFE (Association Nationale Française des Ergothérapeutes) sur anfe.fr, demander une orientation à votre médecin traitant ou contacter directement une Équipe Spécialisée Alzheimer (ESA) de votre territoire. La MDPH peut également vous orienter vers les professionnels conventionnés disponibles localement.
Quelle est la différence entre un ergothérapeute et un psychomotricien dans l’accompagnement Alzheimer ?
L’ergothérapeute intervient sur l’environnement, les aides techniques et les activités du quotidien. Le psychomotricien travaille davantage sur le corps, la coordination et les troubles du comportement moteur. Les deux sont complémentaires et interviennent souvent ensemble au sein des Équipes Spécialisées Alzheimer.
Sources :
- La place des ergothérapeutes dans le parcours de soin des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer – Fondation Médéric Alzheimer
- Évaluation des dispositifs spécialisés de prise en charge des personnes atteintes de maladies neurodégénératives – IGAS



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