La chute chez les seniors est un risque sérieux, souvent sous-estimé.. Derrière chaque chute, souvent banalisée ou passée sous silence, se joue bien plus qu'une simple perte d'équilibre : fractures, perte d'autonomie, peur persistante, parfois entrée en institution. En France, plus de 100 000 hospitalisations annuelles et près de 10 000 décès sont liés à ces accidents du quotidien.
Comprendre les causes, identifier les risques et sécuriser l’environnement devient essentiel. C’est là qu’intervient le bilan de chute, un processus structuré et multidisciplinaire qui peut prévenir la récidive et protéger l’autonomie des seniors. Découvrez comment se déroule un bilan de chute, qui intervient, quelles méthodes sont employées et quelles solutions concrètes sont mises en place pour limiter les risques et améliorer la qualité de vie.
Pourquoi tout commence par le doute
Rares sont les seniors qui parlent spontanément de leurs chutes. Par honte, par oubli, par fatalisme. Pourtant, chaque chute mérite d'être investiguée. D'autant plus quand on sait que 50 % des personnes âgées tombées restent incapables de se relever sans aide, et que l'immobilisation prolongée multiplie les complications médicales.
L'alerte, c'est souvent le médecin traitant ou l'entourage qui la donne. Parfois, la chute révèle une pathologie sous-jacente ; d'autres fois, elle n'est que le sommet d'un glacier de fragilités cumulées.

Qui intervient dans le bilan de chute ?
Le parcours ressemble à une enquête multidisciplinaire. Plusieurs professionnels s'impliquent, chacun traquant sa part d'ombre dans l'histoire de la chute.
- Médecin généraliste ou gériatre : pivot du dispositif, il coordonne l'ensemble du bilan, du premier questionnement à la synthèse finale.
- Kinésithérapeute[2] : expert du mouvement, il décortique la mobilité, l'équilibre, propose des exercices sur-mesure et mesure le risque de récidive.
- Ergothérapeute : il se concentre sur l'environnement. Son terrain : le domicile, qu'il scrute pour détecter chaque piège potentiel, chaque maladresse d'aménagement.
- Infirmier(ère) : à l'interface du soin quotidien, il ou elle surveille l'évolution, participe à l'éducation du patient, capte les signaux faibles.
- Pharmacien : son œil se pose sur l'ordonnance, traque les médicaments qui déséquilibrent, rendent somnolent, abaissent la tension ou brouillent la vigilance.
- Ophtalmologiste : sollicité dès qu'un trouble visuel est suspecté.
- Autres spécialistes (cardiologue, neurologue, podologue) : interviennent selon les indices récoltés lors du premier bilan.
- Famille et aidants : précieux relais d'information, acteurs de l'adaptation du quotidien.
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Comment se déroule un bilan de chute ?
Avant de mettre en place des mesures de prévention, le bilan de chute permet d’analyser avec précision les causes et les facteurs de risque afin d’adapter les interventions à chaque senior.
1. L'anamnèse, ou l'art de tout questionner
Le médecin commence par remonter le fil : combien de chutes ? Dans quelles circonstances ? Nuit ou jour ? Symptomatologie associée : vertiges, palpitations, confusion, perte de connaissance ? Il fouille l'historique médical, la liste des traitements, les habitudes de vie, l'alcool éventuel, la capacité à se relever. Un interrogatoire qui va loin, jusque dans les détails de l'alimentation ou du sommeil.
2. L'examen clinique : tout scruter, rien négliger
Palpation, prise de pouls, mesure de la pression artérielle allongé puis debout (recherche d'hypotension orthostatique), analyse de la vision, examen locomoteur précis (force, douleurs articulaires, malformations), évaluation cognitive. Le neurologique et le cardiaque sont passés au crible, à la recherche de tout déficit ou anomalie pouvant précipiter une chute.
3. Les tests de performance : mesurer l'équilibre et la marche
- Timed Up and Go (TUG) : chronomètre en main, le patient se lève, marche trois mètres, fait demi-tour, revient s'asseoir. Plus de 12 secondes ? Le risque grimpe.
- Test de Tinetti : grilles d'observation de la posture, du passage assis-debout, de la marche, du demi-tour. Score sur 28 points, chaque point compte.
- Berg Balance Scale ou échelle de Morse : plus approfondies, elles affinent le diagnostic.
4. Les examens complémentaires : cibler selon les soupçons
- Analyses sanguines (NFS, glycémie, électrolytes, vitamine B12, TSH) pour débusquer anémie, troubles métaboliques ou endocriniens.
- ECG, Holter ou échocardiographie si le cœur est suspecté.
- Imagerie (radiographie, scanner, IRM) en cas de suspicion de fracture ou d'atteinte neurologique.
- Bilan ophtalmologique si la vision est en cause.
- Électromyogramme si neuropathie périphérique évoquée.
5. L'évaluation du domicile : le terrain d'investigation de l'ergothérapeute
Tapis, éclairage, disposition des meubles, accès à la salle de bain, cuisine, escaliers, câbles électriques. Tout est passé en revue. L'ergothérapeute propose des adaptations : barres d'appui, rampes, tapis antidérapants, sièges surélevés, éclairage renforcé, optimisation des parcours quotidiens. Chaque détail compte, car l'environnement, souvent, trahit le senior à son insu.
Après le bilan, place aux solutions concrètes
Une fois le bilan réalisé, il est important de mettre en place des solutions concrètes pour prévenir les chutes et sécuriser le quotidien du senior, en combinant prévention, adaptations et suivi régulier.
Prévention et adaptation
- Programmes de renforcement musculaire, d'équilibre, parfois Tai-chi ou gymnastique douce, encadrés par le kinésithérapeute[2].
- Réévaluation minutieuse des médicaments, réduction ou substitution des molécules à risque.
- Traitement de l'ostéoporose[3] si besoin (vitamine D, calcium, bisphosphonates).
- Mise en place d'aides techniques : canne, déambulateur, protecteurs de hanche, voire ceinture airbag pour les plus à risque.
- Installation de systèmes d'alerte : téléassistance, détecteurs de chute, téléphone accessible, enceintes connectées.
- Éducation du patient et de son entourage : techniques pour se relever, conseils sur le choix des chaussures, formation sur les risques.

Suivi et éducation
Le suivi ne s'arrête pas au bilan initial. Un monitoring régulier s'impose, parfois tous les mois, parfois à chaque changement de traitement ou de situation. L'éducation des proches, la sensibilisation aux signaux d'alerte, la réactivité face à la moindre anomalie, tout cela fait partie de l'arsenal préventif. Les chutes ne sont jamais une fatalité.
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Chiffres clés et points de vigilance
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Hospitalisations annuelles (France) | 100 000+ |
| Décès liés aux chutes (France) | 10 000+/an |
| Fractures de hanche dues à une chute | 95 % |
| Risque de ne pas se relever sans aide | 50 % |
| Perte d'autonomie post-chute | Jusqu'à 60 % |
FAQ pratique : questions fréquentes sur le bilan de chute
Un bilan de chute doit-il être systématique après chaque chute ?
Non, mais il est vivement recommandé dès la première chute d'un senior, surtout si elle s'accompagne de blessure, de malaise ou de perte de connaissance.
Combien de temps dure le bilan complet ?
Selon la complexité, il se déroule sur plusieurs séances (consultation médicale, passage du kinésithérapeute[2], visite à domicile de l'ergothérapeute).
Quels signes doivent alerter l'entourage ?
Difficulté à se relever, troubles de l'équilibre récents, modification du comportement, peur de marcher, blessures inexpliquées.
Le bilan est-il remboursé ?
Oui, il s'inscrit dans le parcours de soins coordonné, avec prise en charge par l'Assurance Maladie et les complémentaires.
Peut-on prévenir toutes les chutes ?
Non, mais la majorité des risques sont modifiables. Adapter l'environnement, optimiser les traitements, renforcer l'équilibre, c'est réduire massivement la probabilité de nouvelles chutes.






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