Lorsqu’il devient impératif de prendre la décision difficile de placer un proche âgé en maison de retraite, les désaccords familiaux peuvent surgir, créant des tensions au sein de la famille. Ces divergences peuvent porter sur le choix de l’établissement, sa localisation, ou d’autres aspects cruciaux. Cet article vise à explorer les défis spécifiques que les familles peuvent rencontrer dans ce processus délicat de transition du domicile à la maison de retraite.
À quel moment faire le choix de placer son parent âgé en EHPAD ?
Identifier le moment opportun pour faire le choix de placer son parent âgé en maison de retraite est essentiel pour assurer son bien-être tout en minimisant les conflits familiaux.
Il est donc important de prêter attention aux changements et aux signes pouvant indiquer une perte d’autonomie et remettre en cause le maintien à domicile, tels que :
- des problèmes de santé récurrents, par exemple, la survenue ou l’aggravation d’une maladie chronique ;
- des chutes fréquentes ou encore une diminution de la mobilité ;
- des difficultés croissantes à accomplir des activités quotidiennes de base, telles que se nourrir, se laver ou s’habiller ;
- un retrait progressif de la vie sociale ou des signes de dépression[3] ;
- des difficultés à gérer correctement la prise de médicaments.
Ces signaux ne doivent pas être pris à la légère, car ils peuvent mettre en danger la personne âgée et indiquent un besoin accru de soutien.
D’autres critères peuvent intervenir dans la prise de décision de placer un parent en maison de retraite :
- son logement n’est plus adapté et il existe des risques pour sa sécurité ;
- les aidants éprouvent un épuisement physique ou émotionnel ;
- son niveau de prise en charge nécessaire dépasse les capacités des aidants.

À qui revient la décision du placement d’un proche âgé ?
La question de savoir à qui revient la décision du placement d’un proche âgé est complexe et peut être source de désaccords au sein de la famille. Il est donc essentiel d’aborder cette question avec sensibilité pour éviter les tensions inutiles.
La volonté de la personne âgée : une priorité
Idéalement, la réflexion doit être menée de manière collaborative, en impliquant tous les membres de la famille concernés. Le consensus familial favorise une approche collective et réduit le risque de conflits ultérieurs. Toutefois, il ne s’agit pas d’une décision prise à la majorité des proches. Lorsque la personne âgée est en mesure d’exprimer sa volonté, son choix et sa volonté priment. Ils doivent rester au centre de la démarche.
Dans la mesure du possible, la personne âgée doit être incluse pleinement dans le processus de prise de décision. Le respect de son autonomie et de ses souhaits est crucial, et sa participation peut contribuer à une transition plus sereine. Lors d’une admission en EHPAD, le consentement de la personne accueillie doit être recherché par la direction.
L’aidant principal peut-il décider seul ?
Le membre de la famille qui assume le rôle principal des soins, que ce soit un conjoint, un enfant, ou un autre proche, a une implication plus directe dans la vie quotidienne de la personne âgée. Il peut jouer un rôle important dans l’évaluation de ses besoins et dans les démarches. Mais ce rôle d’aidant ne lui donne pas, à lui seul, le pouvoir de décider d’une entrée en maison de retraite à la place du senior.
Quelles peuvent être les sources de désaccord lors d’un placement en maison de retraite ?
Lors du placement en maison de retraite d’un proche âgé, plusieurs sources de désaccord peuvent émerger au sein de la famille. Les comprendre est crucial pour anticiper les divergences et travailler vers des solutions consensuelles.
La personne âgée refuse la prise en charge
En premier lieu, la personne âgée peut tout simplement refuser de quitter son domicile, pour différentes raisons comme un attachement émotionnel à son logement ou une peur de l’inconnu.
Dans ce cas, il est important de l’impliquer dans le processus de décision, de lui expliquer les avantages et les soins disponibles en maison de retraite et préparer des visites préalables pour qu’elle puisse se familiariser avec l’environnement.
La famille n’est pas d’accord sur le type d’établissement
Il se peut également que la famille n’arrive pas à se mettre d’accord sur le type d’établissement que ce soit en termes de structure, à savoir la maison de retraite non médicalisée ou l’EHPAD, ou de situation géographique. Dans ce cas, il est impératif d’organiser des réunions familiales pour discuter des préférences de chacun, d’établir des critères objectifs pour guider la sélection de l’établissement, voire de consulter des professionnels de la santé pour obtenir des conseils neutres.
Les proches ne s’entendent pas sur la prise en charge des frais liés au placement en EHPAD
Les coûts associés à une maison de retraite varient considérablement en fonction de plusieurs facteurs, tels que l’emplacement géographique, le type d’établissement, les services inclus, et le niveau de soins requis. Il est important de comprendre ces éléments pour anticiper les frais potentiels et discuter de manière réaliste de leur prise en charge éventuelle par les proches.
En effet, il existe une obligation légale des enfants envers leurs parents, appelée obligation alimentaire. Cela signifie que les enfants peuvent être tenus de contribuer financièrement aux besoins de leurs proches, notamment sur les frais liés à la maison de retraite.
Dans ce contexte, il est crucial d’établir un budget clair et transparent et d’explorer les différentes options de financement, y compris les aides gouvernementales.
Comment gérer les désaccords familiaux lors d’un placement en maison de retraite ?
Dans la délicate transition du domicile à la maison de retraite, trouver des solutions consensuelles aux désaccords familiaux est essentiel pour assurer le bien-être du parent âgé.
L’implication des enfants dans la vie du parent
Il est important d’écouter attentivement les souhaits et préférences du parent âgé concernant le type d’établissement, la localisation, et le niveau de soins souhaité. L’implication des enfants dans le processus de décision doit viser à respecter les choix de la personne âgée tout en garantissant son bien-être.
La communication ouverte entre les membres de la famille est essentielle pour comprendre les besoins spécifiques du parent et ses inquiétudes. Organiser des réunions familiales régulières pour discuter de l’évolution des besoins du parent âgé peut favoriser un sentiment d’unité et réduire les tensions
La possibilité d’une mesure de protection juridique
Une mesure de protection juridique, telle que la tutelle peut être envisagée lorsque le parent âgé n’est plus en mesure de pourvoir seul à ses intérêts. Cette incapacité doit être due à une altération médicalement constatée de ses facultés. La protection juridique ne peut pas être mise en place seulement parce que des désaccords familiaux persistent.
Consulter des professionnels de la santé et du droit peut être essentiel pour évaluer la nécessité d’un tuteur légal. Leur expertise peut guider la famille dans le processus de prise de décision et aider à déterminer la mesure la plus adaptée à la situation du parent âgé.
| Bon à savoir : même sous tutelle[5], la personne protégée choisit en principe son lieu de résidence. En cas de difficulté, le juge peut être amené à statuer. |
La personne de confiance pour faciliter les échanges
La personne âgée peut désigner une personne de confiance pour l’accompagner dans ses démarches et l’assister dans ses décisions. Il peut s’agir d’un proche, d’un parent ou même du médecin traitant.
La personne de confiance peut conseiller le senior quand il a des difficultés à comprendre ses droits. Si ce dernier n’est plus en mesure d’exprimer sa volonté, la personne de confiance doit être consultée et peut témoigner de sa volonté. Son témoignage prime sur celui des autres proches. Elle peut participer à l’entretien de préadmission en EHPAD.
Attention : elle n’est pas habilitée à décider à sa place, mais plutôt à l’aider à comprendre et à exprimer ses choix.
Le rôle de la médiation familiale
La médiation familiale peut jouer un rôle significatif dans la résolution de conflits familiaux liés au placement en maison de retraite. Le médiateur peut faciliter la communication entre les membres de la famille, aider à identifier les préoccupations et à définir des solutions consensuelles.
La médiation familiale peut également aider à élaborer un plan de soins qui tienne compte des souhaits du parent âgé, des ressources familiales et des compromis acceptables. Elle permet souvent d’aboutir à un accord qui guide le processus de placement et minimise les conflits futurs.
| Où trouver un médiateur familial ? • Votre CAF peut vous fournir une liste de médiateurs familiaux dans votre secteur. Les services conventionnés par la CAF appliquent un barème national en fonction des revenus du demandeur. • Le réseau Unaf/Udaf propose un service de médiation pour aidants et aidés. Il est particulièrement adapté en cas de conflit lié au placement en EHPAD. |
Qui peut intervenir selon le désaccord ?
| Situation | Interlocuteur utile | Son rôle |
|---|---|---|
| Désaccord sur le besoin d’entrer en EHPAD | Médecin traitant, travailleur social | Évaluer les besoins et fournir un avis professionnel |
| Conflit entre enfants ou proches | Médiateur familial | Rétablir le dialogue et rechercher un accord |
| Désaccord sur l’obligation alimentaire | Juge aux affaires familiales | Fixer la contribution en cas d’absence d’accord à l’amiable |
| Facultés du parent fortement altérées | Juge des contentieux de la protection | Décider si une mesure de protection est nécessaire |
Faire le choix de placer un parent âgé en maison de retraite n’est pas un acte anodin. Anticipé, bien préparé et décidé entre les différents membres de la famille et le proche concerné permet d’atténuer les tensions et de choisir la solution la plus satisfaisante pour chacun.
Questions fréquentes
Peut-on mettre une personne âgée sous tutelle parce qu’elle refuse l’EHPAD ?
Non. Un refus d’entrer en EHPAD ne suffit pas à justifier une tutelle. Une mesure de protection juridique suppose une altération médicalement constatée des facultés de la personne. Elle doit répondre à un réel besoin de protection.
Le médecin peut-il imposer une entrée en EHPAD à une personne âgée ?
Non. Le médecin peut évaluer l’état de santé de la personne âgée, alerter sur les risques du maintien à domicile et recommander une entrée en EHPAD. Il ne peut absolument l’imposer.
Un enfant peut-il déposer un dossier d’admission en EHPAD sans l’accord de ses frères et sœurs ?
Oui. L’accord de l’ensemble de la fratrie n’est pas nécessaire pour déposer un dossier. Néanmoins, cette démarche doit se faire avec le consentement de la personne âgée, sauf situation particulière de protection juridique.





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