Voir un parent désorienté chercher la sortie peut susciter une vive inquiétude. En EHPAD, le risque de fugue est évalué à partir des habitudes du résident, de ses capacités et des circonstances de ses départs. L’établissement peut alors préparer une réponse associant connaissance de la personne, aménagement des locaux et vigilance des professionnels. Cette protection doit préserver sa liberté d’aller et venir.
En EHPAD, comment le risque de fugue est-il repéré ?
L’équipe estime le danger à partir des capacités de votre proche, de ses habitudes et des circonstances dans lesquelles il cherche à partir, sans s’arrêter au diagnostic médical.
Fugue, errance et déambulation, des situations différentes
Dans les établissements, le mot « fugue » désigne souvent une sortie à l’insu de l’équipe. Ce n’est pas un diagnostic médical et ce terme ne prouve pas l’intention du résident. Une personne désorientée peut simplement chercher son domicile ou suivre une ancienne habitude.
La déambulation correspond au besoin de marcher, parfois sans destination précise, et peut préserver la mobilité. Le danger apparaît surtout lors d’une sortie non accompagnée, lorsque la personne ne sait plus s’orienter ou demander de l’aide.
Les facteurs qui augmentent en EHPAD le risque de fugue
Plusieurs indices attirent l’attention, sans permettre à eux seuls de prévoir une sortie :
- un précédent départ non accompagné ou plusieurs tentatives de sortie ;
- une désorientation dans le temps ou l’espace, avec difficulté à reconnaître les lieux ;
- la recherche répétée d’un proche, du domicile ou d’une ancienne activité ;
- une arrivée récente ou une agitation de la personne âgée à certaines heures.
Une maladie d’Alzheimer peut favoriser ces situations sans les rendre systématiques. Les comportements varient selon les personnes. L’évaluation porte donc sur les faits observés, pas seulement sur le diagnostic.
L’évaluation en EHPAD du risque de fugue dès l’admission
Avant l’entrée, signalez les sorties antérieures, les lieux recherchés, les horaires sensibles et la réaction de votre proche lorsqu’on le raccompagne.
Après l’admission, les professionnels confrontent leurs observations. Une évaluation pluridisciplinaire des bénéfices et des risques, consignée dans le dossier médical, peut réunir médecin, soignants et direction pour guider les mesures retenues.

Comment l’établissement prévient-il les sorties dangereuses ?
La prévention associe la relation humaine, l’organisation et l’aménagement pour réduire le danger sans empêcher le résident de marcher.
Un accompagnement personnalisé selon les habitudes du résident
Le projet personnalisé peut prévoir des promenades, des activités aux heures sensibles ou un parcours accessible, complétés par des repères visuels et des objets familiers.
Lorsqu’un résident demande à rentrer chez lui, il peut exprimer un besoin de sécurité ou de mouvement. Chercher le sens de cette demande peut l’aider à s’apaiser davantage qu’une opposition frontale.
Des accès contrôlés et des espaces de déambulation sécurisés
Selon les locaux, l’EHPAD peut utiliser des portes à code, des alarmes ou un accueil proche de l’entrée. Un jardin clos et un circuit de marche sécurisent aussi les déplacements, sans remplacer l’accompagnement humain.
Le contrôle des accès n’impose pas la même règle à tous. La réponse reste individualisée. Une personne autonome peut sortir seule, tandis qu’une autre aura besoin d’être accompagnée.
Alarmes, bracelets et géolocalisation adaptés à chaque situation
Une alarme avertit l’équipe lorsqu’un résident franchit un accès surveillé. Un GPS peut faciliter sa localisation si la batterie, le réseau et le port de l’équipement le permettent.
Ces outils ne garantissent ni l’absence de sortie ni une localisation immédiate. Leur usage doit répondre à un risque identifié, rester proportionné et préserver la vie privée du résident. S’il limite sa liberté d’aller et venir, le dispositif doit être examiné parmi les mesures individuelles de sécurité.
Jusqu’où l’EHPAD peut-il limiter la liberté d’aller et venir ?
Toute décision limitant les déplacements du résident doit concilier sa protection avec ses droits, être expliquée, personnalisée et régulièrement réexaminée.
Des restrictions individualisées et proportionnées au danger
Une restriction ne peut pas s’appliquer à tous par précaution. Elle doit être spécifique à la personne, proportionnée au risque et strictement nécessaire. L’équipe examine les capacités, les souhaits, l’état de santé et les dangers observés, pour retenir la solution la moins contraignante.
L’annexe au contrat de séjour et l’accord du résident
Les mesures individuelles de sécurité en EHPAD peuvent être formalisées dans une annexe au contrat de séjour, après une évaluation partagée des bénéfices et des risques.
Le résident reçoit une information adaptée. Le projet lui est transmis au moins quinze jours avant l’entretien avec le directeur. Avec son accord, sa personne de confiance peut aussi recevoir le projet et assister à l’entretien. Lorsque le résident bénéficie d’une mesure de protection juridique, la personne chargée de cette mesure est associée selon les règles applicables. Le consentement du résident reste recherché.
Une réévaluation régulière des mesures de protection
Les besoins évoluent. L’annexe peut être révisée à tout moment, tandis que les mesures sont réévaluées au moins tous les six mois. Un changement de comportement, d’autonomie ou d’environnement justifie aussi un nouvel examen.
Que se passe-t-il lorsqu’un résident disparaît ?
Face à une absence inexpliquée, les premières minutes servent à vérifier les lieux et à orienter les recherches.
Le déclenchement immédiat du protocole de recherche
Chaque établissement adapte son protocole à ses locaux. La réponse suit généralement plusieurs étapes :
- Vérifier les lieux de vie, la chambre, les sanitaires et les jardins.
- Établir la dernière présence connue et consulter les alarmes.
- Répartir les recherches dans l’établissement et ses abords.
- Tracer les actions engagées pour coordonner les professionnels et les services contactés.
La météo, l’heure, la mobilité et l’état médical permettent d’évaluer l’urgence et la zone de recherche.
L’alerte des proches et des services de secours
Il n’existe aucun délai minimal avant de contacter la police ou la gendarmerie. L’âge ou la maladie peut rendre la disparition inquiétante et justifier une enquête dès le signalement.
Une photo récente, la tenue, les destinations possibles et les problèmes médicaux facilitent les recherches, tandis que l’EHPAD informe les proches.
Le retour du résident et l’analyse des circonstances
Au retour, l’équipe vérifie l’état du résident et sollicite un avis médical si nécessaire. Elle analyse ensuite son trajet, le point de sortie, le déclencheur possible et le fonctionnement des alarmes.
Cette analyse permet d’adapter le projet personnalisé et les mesures de protection, afin de réduire le risque d’une nouvelle sortie sans culpabiliser le résident.

Comment choisir un EHPAD adapté à une personne à risque ?
L’établissement doit répondre aux besoins de votre proche et faire évoluer son accompagnement. La visite permet d’observer les lieux et d’interroger l’équipe.
EHPAD classique ou unité protégée selon les besoins
Un EHPAD classique peut accompagner un résident désorienté si l’organisation répond à ses besoins. Une unité de vie protégée propose un environnement adapté aux troubles cognitifs. Son fonctionnement varie selon l’établissement.
Une unité d’hébergement renforcé accueille des résidents présentant des symptômes psycho-comportementaux sévères liés à une maladie neurodégénérative avec syndrome démentiel, lorsque ces troubles altèrent leur sécurité et leur qualité de vie ou celles des autres résidents. Le pôle d’activités et de soins adaptés reçoit pendant la journée des résidents ayant des troubles du comportement modérés ; ce n’est pas une unité d’hébergement.
L’orientation dépend des besoins, pas du seul risque de sortie.
Les dispositifs et procédures à vérifier lors de la visite
Pour comprendre le fonctionnement réel de l’établissement, posez ces questions :
- Comment les entrées et sorties sont-elles surveillées le jour et la nuit ?
- Existe-t-il un jardin clos ou un parcours de marche sécurisé ?
- Qui reçoit les alarmes et dans quel délai l’équipe intervient-elle ?
- Quel protocole est déclenché lors d’une disparition ?
- Dans quelles situations un bracelet ou une géolocalisation est-il proposé ?
Observez aussi si les résidents peuvent marcher dans des espaces accueillants. Un lieu très fermé ne prouve pas la qualité de l’accompagnement : la disponibilité des professionnels compte autant que les équipements.
Les informations à transmettre avant l’admission
Avant l’entrée, indiquez les départs antérieurs, les horaires sensibles, les anciens domiciles, les trajets habituels, la mobilité, les risques médicaux et les paroles qui rassurent votre proche.
Fournissez une photo récente facilement accessible et plusieurs contacts joignables. Précisez si votre proche porte un téléphone ou retire certains dispositifs, afin que l’établissement prépare une réponse réaliste.
La prévention repose sur une connaissance fine de votre proche. L’équipe de l’EHPAD observe ses habitudes, ajuste son environnement et réagit rapidement en cas d’absence. L’établissement explique les limites de chaque mesure et réévalue leur utilité. Demandez comment il protégera votre parent tout en préservant ses déplacements, ses choix et sa dignité.
FAQ
Comment organiser une sortie en famille avec un résident présentant un risque de fugue ?
Prévenez l’équipe et convenez avec elle de la durée, du trajet, du niveau de surveillance et des traitements à emporter. Gardez un téléphone chargé, une photo récente et les coordonnées de l’EHPAD. Respectez les mesures prévues dans l’annexe au contrat de séjour.
Que peut faire la famille si elle juge les mesures de sécurité insuffisantes ?
Demandez d’abord un entretien avec la direction et le médecin coordonnateur. Le résident peut demander la révision de l’annexe ; la personne chargée de sa protection juridique ou sa personne de confiance peut la proposer. Le résident ou son représentant légal peut aussi faire appel à une personne qualifiée. Un dysfonctionnement peut être signalé à l’ARS compétente.
L’EHPAD peut-il utiliser un traitement sédatif pour empêcher un résident de sortir ?
Un sédatif ne doit pas être utilisé pour empêcher une sortie. En cas de déambulation, la Haute Autorité de santé recommande une évaluation préalable et des mesures relationnelles ou environnementales en première intention. Un psychotrope peut être envisagé si celles-ci restent insuffisantes et qu’un trouble sévère met la personne ou son entourage en danger. La prescription médicale doit être brève et régulièrement réévaluée.
Sources :
[1] Aud, M. A. (2004). Dangerous wandering: elopements of older adults with dementia from long-term care facilities. American Journal of Alzheimer’s Disease and Other Dementias, 19(6), 361-368.
[2] Moore, D. H., Algase, D. L., Powell-Cope, G., Applegarth, S. et Beattie, E. R. A. (2009). A Framework for Managing Wandering and Preventing Elopement. American Journal of Alzheimer’s Disease and Other Dementias, 24(3), 208-219.
[3] Haute Autorité de santé (2009). Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : prise en charge des troubles du comportement perturbateurs.
[4] Code de l’action sociale et des familles. Article L311-4-1.
[5] Code de l’action sociale et des familles. Articles R311-0-5 à R311-0-9.
[6] Code de l’action sociale et des familles. Article D312-155-0-1 relatif aux pôles d’activités et de soins adaptés.
[7] Code de l’action sociale et des familles. Article D312-155-0-2 relatif aux unités d’hébergement renforcé.
[8] Direction de l’information légale et administrative. Disparition d’un adulte.
[9] Agence régionale de santé Bretagne. La personne qualifiée.



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