En maison de retraite, une perte d’équilibre, des difficultés à s’habiller ou une peur de tomber peuvent conduire plusieurs professionnels à intervenir autour d’un même résident. Parmi eux, l’ergothérapeute et le psychomotricien en EHPAD ont des missions proches en apparence, mais leurs approches diffèrent. L’un agit surtout sur l’autonomie dans les activités quotidiennes et l’adaptation de l’environnement, l’autre travaille davantage sur les fonctions psychomotrices et la relation au corps. Mieux distinguer leurs rôles permet de comprendre les accompagnements proposés à votre proche et de savoir quelles ressources rechercher dans un établissement.
Ergothérapeute et psychomotricien en EHPAD : quelles différences entre ces deux professionnels ?
Ces deux professionnels de la rééducation partagent certains objectifs, mais leurs évaluations, leurs outils et leurs angles d’approche ne se confondent pas.
Des formations et des approches distinctes
L’ergothérapeute et le psychomotricien exercent chacun une profession réglementée et sont titulaires d’un diplôme d’État. La formation d’ergothérapeute dure trois ans, tout comme celle de psychomotricien.
L’ergothérapie se centre sur les activités réalisées par la personne et leur adaptation. La psychomotricité étudie davantage les interactions entre mouvement, tonus, perceptions, émotions et organisation corporelle.

Ergothérapeute et psychomotricien en EHPAD n’évaluent pas les mêmes dimensions
L’ergothérapeute peut réaliser des bilans fonctionnels ou d’autonomie et étudier les difficultés rencontrées dans les activités courantes. Il observe également l’environnement.
Le psychomotricien réalise un bilan psychomoteur portant notamment sur le tonus, le schéma corporel, l’organisation spatio-temporelle, l’équilibre ou la coordination.
Ces regards différents peuvent se compléter chez une même personne.
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Des interventions complémentaires autour de l’autonomie et du bien-être
Un résident qui n’arrive plus à se lever seul peut, par exemple, avoir besoin d’un aménagement matériel étudié par l’ergothérapeute et d’un travail psychomoteur autour de l’équilibre ou de la perception corporelle.
Selon les difficultés repérées, plusieurs professionnels peuvent donc intervenir autour d’objectifs coordonnés plutôt que se répartir les résidents selon des catégories rigides.
Quelques situations typiques permettent de visualiser rapidement ce qui différencie les deux métiers, même si leurs interventions peuvent parfois se rejoindre.
| Ergothérapeute | Psychomotricien | |
| Objectif principal | Préserver l’autonomie dans les activités quotidiennes et adapter l’environnement | Soutenir les capacités psychomotrices et la relation de la personne à son corps |
| Ce qu’il évalue | Gestes du quotidien, capacités fonctionnelles, environnement, aides techniques | Équilibre, coordination, tonus, schéma corporel, vécu corporel |
| Exemples d’interventions | Adaptation de la chambre, aides techniques, installation, prévention des chutes | Exercices corporels, relaxation, travail de l’équilibre et de la coordination |
| Situations fréquentes | Perte d’autonomie, difficultés dans les transferts ou les activités quotidiennes | Troubles psychomoteurs, peur de tomber, anxiété, désorientation corporelle |
Quel est le rôle de l’ergothérapeute auprès des résidents en EHPAD ?
La démarche de l’ergothérapeute vise à identifier ce que peut encore faire le résident et ce qui l’empêche d’en faire d’autres.
Évaluer l’autonomie dans les gestes de la vie quotidienne
Se lever du lit, aller aux toilettes, s’habiller ou prendre un repas demandent une combinaison de capacités motrices, cognitives et sensorielles.
L’ergothérapeute observe :
- comment votre proche réalise ces activités ;
- les obstacles rencontrés ;
- les ressources qu’il conserve.
Cette évaluation aide ensuite à rechercher une solution qui favorise sa participation plutôt que de faire systématiquement les gestes à sa place.
Adapter l’environnement pour sécuriser les déplacements
Une difficulté ne vient pas toujours uniquement des capacités du résident. La hauteur d’un siège, le positionnement du mobilier, l’accessibilité des objets ou certains obstacles peuvent compliquer une activité.
L’ergothérapeute analyse cette interaction entre la personne et son environnement et peut proposer des adaptations destinées à faciliter les transferts, les déplacements et les activités quotidiennes en préservant autant que possible l’autonomie.
Choisir et ajuster les aides techniques
Le champ réglementaire de l’ergothérapeute lui permet d’appliquer des appareillages et du matériel d’aide technique adaptés à l’ergothérapie. En EHPAD, son expertise peut ainsi être sollicitée autour d’un fauteuil roulant, d’un positionnement ou de différents équipements facilitant certaines activités.
Le choix ne dépend pas seulement du matériel disponible. Il doit correspondre aux capacités et aux besoins de la personne.
Prévenir les chutes et limiter la perte d’autonomie
Face au risque de chute, l’ergothérapeute peut repérer des dangers liés à l’environnement et proposer des modifications adaptées.
La prévention ne repose toutefois jamais sur un seul métier, car les causes de chutes chez la personne âgée sont souvent multiples. Mobilité, médicaments, vision, état cardiovasculaire, cognition ou environnement peuvent être examinés par différents professionnels afin d’agir sur les facteurs modifiables identifiés.
Dans quelles situations le psychomotricien intervient-il en EHPAD ?
Le psychomotricien s’intéresse à la façon dont la personne ressent, organise et utilise son corps, dans ses dimensions motrices et psychiques.
Travailler l’équilibre, la coordination et le schéma corporel
Le décret qui encadre la profession autorise notamment le psychomotricien à travailler les troubles :
- du schéma corporel ;
- de la régulation tonique ;
- de l’organisation spatio-temporelle ;
- de l’équilibre ;
- de la coordination.
Chez une personne âgée, l’accompagnement peut donc viser une meilleure perception de son corps et de ses possibilités de mouvement, avec des activités adaptées à ses capacités et à ses difficultés.

Apaiser l’anxiété et restaurer une relation positive au corps
La psychomotricité ne se réduit pas à des exercices moteurs. Les techniques prévues dans son champ professionnel intègrent notamment la relaxation dynamique, l’éducation gestuelle et l’expression corporelle.
Chez certains résidents, elles peuvent être utilisées dans une approche visant à diminuer les tensions corporelles, favoriser l’apaisement ou restaurer des sensations agréables, en tenant compte de leur histoire, de leurs possibilités et de leur adhésion.
Accompagner les troubles cognitifs et comportementaux
Lorsque des troubles du comportement apparaissent, il est d’abord recommandé d’en rechercher les causes et de privilégier des approches non médicamenteuses adaptées à la personne.
Dans ce contexte, l’intervention du psychomotricien est particulièrement pertinente car il travaille sur le lien entre le corps, les émotions et les capacités d’adaptation.
En EHPAD, il peut aider à apaiser l’agitation, réduire l’anxiété, restaurer un sentiment de sécurité corporelle et soutenir la communication non verbale lorsque les mots deviennent difficiles.
Proposer des séances individuelles ou des ateliers collectifs
L’accompagnement dépend de l’objectif recherché et des possibilités du résident. Certaines activités sont proposées seul avec le professionnel, d’autres se déroulent en petit groupe.
Cette diversité existe notamment dans les PASA, où la réglementation prévoit des activités thérapeutiques individuelles ou collectives destinées à soutenir les capacités fonctionnelles et cognitives, les fonctions sensorielles ainsi que les relations sociales des résidents accueillis.
Comment ergothérapeute et psychomotricien accompagnent-ils les troubles liés au vieillissement ?
Avec l’âge, plusieurs difficultés peuvent s’associer. Le professionnel sollicité dépend donc moins du diagnostic seul que des capacités et besoins repérés.
Ergothérapeute et psychomotricien en EHPAD face à la maladie d’Alzheimer
Dans la situation de la maladie d’Alzheimer, l’ergothérapeute peut, par exemple, aider une personne à retrouver de l’autonomie dans les gestes du quotidien en proposant des repères visuels dans la chambre (étiquettes sur les tiroirs, pictogrammes pour s’habiller), en adaptant les couverts pour faciliter les repas, ou en travaillant le maintien de certaines activités, comme se laver seul plus longtemps. Il peut aussi sécuriser l’environnement pour limiter les risques de chute ou d’errance.
Le psychomotricien, lui, va davantage travailler sur la conscience du corps et la régulation des troubles psycho-comportementaux. Il peut proposer des exercices simples de mobilisation pour réduire l’agitation, des activités d’équilibre et de coordination pour entretenir les capacités motrices, ou encore des temps de relaxation pour apaiser l’anxiété et les déambulations.
Après une chute, un AVC ou une hospitalisation
Un événement aigu peut rompre un équilibre jusque-là fragile. Après une hospitalisation pour une chute avec fracture du col du fémur, un AVC[2] léger ou une infection ayant entraîné un alitement prolongé, la personne âgée peut perdre en autonomie pour marcher, se lever du lit, s’asseoir sur les toilettes ou s’habiller.
L’ergothérapeute peut alors proposer des aides concrètes, comme l’apprentissage des transferts lit-fauteuil, de l’utilisation d’un déambulateur, ou encore l’adaptation de l’environnement (rehausseur de WC, barre d’appui, siège de douche) afin de sécuriser les gestes du quotidien.
Le psychomotricien, lui, peut intervenir sur la reprise de confiance dans le mouvement, le travail de l’équilibre, la coordination ou la gestion de la peur de tomber, par exemple à travers des exercices de verticalisation progressive, de marche guidée ou de relaxation corporelle. Leur intervention dépend toutefois du bilan réalisé et du parcours de soins prévu.
Lorsque les gestes du quotidien deviennent difficiles
Voir une personne âgée peiner à manger seul, enfiler un vêtement ou rejoindre les toilettes doit conduire à rechercher ce qui a changé. Une baisse d’autonomie peut avoir des origines diverses : trouble moteur, douleur, problème cognitif, environnement mal adapté ou épisode médical récent…
En cas de douleurs articulaires ou de raideurs, par exemple, l’ergothérapeute peut proposer des aides techniques, comme un rehausseur de chaise, pour limiter les efforts douloureux lors des transferts. Il peut aussi aménager l’environnement (hauteur du lit, installation de barres d’appui) afin de réduire les gestes sources de douleur.
De son côté, le psychomotricien intervient davantage sur le vécu corporel de la douleur et la manière dont elle impacte les mouvements. Il peut proposer des exercices doux de mobilisation, des activités de relaxation ou de réassurance corporelle pour aider le résident à retrouver confiance dans ses gestes, notamment lorsqu’une douleur entraîne une appréhension à se lever, à marcher ou à se laver.
Tous les résidents peuvent-ils bénéficier d’un ergothérapeute ou d’un psychomotricien en EHPAD ?
Tous les EHPAD ne disposent pas nécessairement d’un ergothérapeute et d’un psychomotricien dans leur équipe permanente. La réglementation prévoit en revanche que chaque PASA (pôle d’activités et de soins adaptés) dispose de l’un de ces deux professionnels de santé. Dans ce cadre, celui-ci participe notamment à l’élaboration du programme d’activités destiné aux résidents accueillis dans ce dispositif spécifique.
Mais la présence d’un professionnel dans l’établissement ne signifie pas que chaque résident bénéficie automatiquement de séances régulières. Les interventions répondent à des besoins repérés et à des objectifs individualisés.
Les actes professionnels d’ergothérapie et de psychomotricité sont réalisés sur prescription médicale. Depuis 2024, un ergothérapeute peut, sous certaines conditions, renouveler une fois une prescription initiale précisant le nombre de séances. La famille peut néanmoins signaler une difficulté à l’équipe et demander qu’elle soit évaluée, afin qu’une réponse adaptée soit envisagée.
L’ergothérapeute et le psychomotricien apportent deux regards différents sur les capacités d’une personne âgée. Lors de la visite d’un EHPAD, n’hésitez donc pas à demander quels professionnels interviennent, avec quelle fréquence et selon quelles modalités. Ces informations vous aideront à apprécier les ressources disponibles pour accompagner l’évolution des besoins de votre proche.
FAQ
Quelle différence entre un ergothérapeute et un kinésithérapeute en EHPAD ?
Le kinésithérapeute[3] intervient principalement sur les capacités motrices, par exemple la marche, les transferts, la force musculaire ou les amplitudes articulaires. L’ergothérapeute s’intéresse davantage à la façon dont ces capacités permettent au résident de réaliser ses activités quotidiennes. Il peut aussi proposer des adaptations de l’environnement ou des aides techniques. Les deux professionnels travaillent donc souvent de manière complémentaire.
Les séances d’ergothérapie ou de psychomotricité sont-elles payantes en EHPAD ?
Lorsqu’elles sont réalisées dans le cadre de l’accompagnement organisé et financé par l’EHPAD, ces interventions ne font généralement pas l’objet d’une facturation séparée au résident. Le forfait relatif aux soins peut couvrir des charges liées aux professionnels de rééducation. La situation peut toutefois différer lorsqu’un professionnel libéral extérieur intervient. Il est alors préférable de demander à l’établissement quelles modalités de financement s’appliquent.
Combien de temps dure une séance d’ergothérapie ou de psychomotricité ?
Leur format est adapté à l’objectif poursuivi, aux capacités du résident, à sa fatigabilité et au type d’activité proposé. Une intervention peut donc être brève ou plus longue, individuelle ou collective. L’organisation dépend aussi des moyens et du fonctionnement propres à l’établissement.
Peut-on continuer un suivi avec un professionnel extérieur à l’EHPAD ?
L’intervention de professionnels libéraux en EHPAD est possible. Elle doit toutefois être coordonnée avec l’établissement et compatible avec le projet de soins du résident. Si votre proche était déjà suivi avant son admission, renseignez-vous auprès de l’équipe sur les conditions d’intervention, la prescription nécessaire et la prise en charge financière éventuelle.
Un ergothérapeute ou un psychomotricien peut-il intervenir dans la chambre du résident ?
La chambre est un lieu pertinent lorsque l’objectif nécessite d’observer le résident dans son environnement habituel. L’ergothérapeute peut, par exemple, y étudier les déplacements, les transferts ou l’aménagement du mobilier. Le psychomotricien peut également y proposer un accompagnement individuel lorsque l’état, les besoins ou le confort de la personne le justifient.
Sources :
- Titre III : Professions d’ergothérapeute et de psychomotricien (Articles R4331-1 à R4333-8) – Légifrance
- Section 1 : Actes professionnels. (Article R4332-1) – Légifrance
- Actes d’ergothérapie et de psychomotricité susceptibles d’être réalisés pour la réadaptation à domicile des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée – HAS
- Article D312-155-0-1 – Code de l’action sociale et des familles – Légifrance




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