Transmission aux familles en EHPAD : ce que l’établissement doit vous dire et ce qu’il oublie souvent

Transmission aux familles en EHPAD : ce que l'établissement doit vous dire et ce qu'il oublie souvent
Actualités des Maisons de retraite

Quand un parent entre en EHPAD, le vrai problème n’est pas seulement d’être informé, mais de l’être au bon moment sur les sujets qui comptent vraiment. Entre les chutes, les hospitalisations, les changements de traitement ou les décisions de fin de vie, beaucoup de familles découvrent trop tard des informations qu’elles auraient dû recevoir.

Dans cet article, vous allez voir ce que l’établissement doit transmettre en 2026, ce qu’il oublie souvent et comment réagir si la communication ne suit pas.

Le cadre légal de l’information aux familles en EHPAD

L’article L311-3 du CASF garantit au résident le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de sa sécurité, ainsi que l’accès à toute information le concernant et la participation aux décisions sur sa prise en charge. Le résident est le principal destinataire des informations qui le concernent. La personne de confiance et les proches peuvent être informés dans le respect du consentement du résident, du secret professionnel et des règles applicables à la protection juridique.

Quatre documents structurent cette transmission :

  • Le livret d’accueil, remis dès l’admission, qui détaille le fonctionnement, les tarifs, la charte[3] des droits et libertés et les modalités de recours.
  • Le contrat de séjour ou le document individuel de prise en charge, signé sous quinze jours.
  • Le règlement de fonctionnement, qui précise les règles de vie collective et les modalités d’information en cas d’événement.
  • Le projet d’accompagnement personnalisé est construit avec le résident et, lorsque celui-ci le souhaite, avec ses proches. Il doit être actualisé lorsque les besoins ou la situation du résident évoluent.

Sur le plan médical, l’information passe par le médecin coordonnateur et le médecin traitant, dans le respect du secret professionnel. La famille n’a pas accès direct au dossier médical sans le consentement du résident, sauf dans les cas prévus par la loi (résident sous tutelle[7], hors d’état d’exprimer sa volonté).

Aidante qui consulte les documents transmis par l'EHPAD

Les événements qui doivent déclencher un appel

Le règlement de fonctionnement de chaque établissement liste les situations qui obligent à prévenir la personne de confiance ou la famille référente. Ce qui revient dans la plupart des chartes internes inspirées des recommandations HAS :

ÉvénementDélai d’information attenduCanal 
Chute avec ou sans blessureLe jour même, dans les heures qui suiventTéléphone puis écrit dans le dossier
Hospitalisation en urgenceImmédiat, avant ou pendant le transfertTéléphone
Modification importante du traitementSous 48 heuresMédecin coordonnateur ou IDEC
Dégradation de l’état généralDans la semaine, avec proposition d’entretienRencontre médicale
Décision de soins palliatifsAvant la mise en placeEntretien physique avec le médecin
Refus de soins répété par le résidentSous 48 heuresMédecin et direction
Incident grave (fugue, agression, erreur médicamenteuse)ImmédiatDirection

Les événements indésirables graves font par ailleurs l’objet d’une déclaration obligatoire à l’Agence régionale de santé via le portail national de signalement, indépendamment de l’information aux familles.

Ce que les établissements oublient souvent de transmettre

Les retours des conseils de la vie sociale et les rapports d’évaluation HAS pointent plusieurs angles morts récurrents. 

Les informations du quotidien insuffisamment communiquées

Les chutes sans blessure visible. Beaucoup d’équipes notent l’incident dans le dossier mais ne préviennent pas la famille s’il n’y a ni fracture ni hématome. Or une chute nocturne change parfois durablement la confiance du résident à se lever seul. 

Les changements de chambre temporaires. Travaux, rapprochement médical, isolement infectieux : le résident est déplacé et la famille découvre la nouvelle chambre lors de sa visite suivante.

Les arbitrages de fin de vie. La mise en place d’une démarche palliative ou la limitation d’un traitement est parfois évoquée trop tard, alors que les directives anticipées et la personne de confiance auraient dû être consultées en amont.

Les changements d’équipe médicale. Départ du médecin coordonnateur, rotation de l’infirmière référente, intervention d’un médecin remplaçant : ces évolutions ne sont presque jamais signalées aux proches.

Les décisions concernant l’accompagnement du résident

Le projet d’accompagnement personnalisé. Document central, il devrait être révisé avec la famille au moins une fois par an. Dans les faits, beaucoup d’EHPAD se contentent d’un envoi pour signature, sans réunion.

Senior et son aidante qui consultent le projet d'accompagnement personnalisé

Le conseil de la vie sociale, levier sous-utilisé en EHPAD

Le décret du 25 avril 2022 a renforcé le rôle du conseil de la vie sociale (CVS). Cette instance se réunit au moins trois fois par an. La composition doit comporter au moins deux représentants des personnes accompagnées, et le total des représentants des résidents et des familles doit être majoritaire au sein du conseil. Le CVS est obligatoirement consulté sur la qualité, la bientraitance, les évolutions de prestations et le règlement de fonctionnement.

Un CVS actif peut demander la formalisation écrite des procédures d’information aux familles, la diffusion d’un compte rendu trimestriel des chutes et hospitalisations, ou la création d’un référent famille dédié. Trop de familles ignorent qu’elles peuvent siéger au CVS ou interpeller leurs représentants élus.

Recours en cas de manquement à l’information en EHPAD

Si l’établissement n’informe pas correctement, plusieurs voies existent :

  1. Saisir la direction par écrit, avec accusé de réception, en visant les obligations du contrat de séjour et du règlement de fonctionnement.
  2. Interpeller le médecin coordonnateur pour les questions médicales.
  3. Porter la question au conseil de la vie sociale lors de la prochaine réunion.
  4. Saisir le délégué du Défenseur des droits, gratuit et accessible dans chaque département.
  5. Solliciter le médiateur sanitaire et médico-social de l’Agence régionale de santé.
  6. Déposer une réclamation auprès de l’ARS via le portail de signalement, surtout pour un événement indésirable grave.

L’action contentieuse devant le tribunal judiciaire reste possible, notamment en cas de préjudice, mais les voies amiables permettent souvent une remise à niveau rapide des pratiques.

Questions fréquentes

L’EHPAD doit-il appeler la nuit pour une chute sans blessure ?

Le règlement de fonctionnement le précise. La recommandation HAS encourage l’information dans les heures qui suivent, même sans blessure. Demandez la formalisation écrite de ce point dans votre contrat de séjour.

Ai-je accès au dossier médical de mon parent ?

Pas directement si le résident est lucide et n’a pas donné son accord. Vous y avez accès s’il vous a désigné comme personne de confiance habilitée à recevoir l’information médicale, ou s’il est sous tutelle et que vous êtes son tuteur, ou après décès dans les conditions de l’article L1110-4 du Code de la santé publique.

Le projet d’accompagnement personnalisé est-il obligatoire ?

Oui, prévu par l’article L311-3 du CASF. Il doit être co-construit avec le résident et révisé au moins annuellement. Vous pouvez en demander une copie à tout moment.

Combien de fois par an se réunit le CVS ?

Le CVS se réunit au moins trois fois par an. Les modalités de rédaction, de diffusion et de consultation des comptes rendus sont précisées par le fonctionnement de l’instance.

Que faire si l’EHPAD refuse de répondre par écrit ?

Adressez un courrier recommandé à la direction, puis saisissez le médiateur de l’ARS. La traçabilité écrite est un point régulièrement contrôlé lors des évaluations HAS.

En pratique, la qualité de la transmission dépend autant de la culture de l’établissement que des outils mis en place. Un livret d’accueil clair, un référent famille identifié, un CVS actif et un médecin coordonnateur joignable sont les quatre piliers concrets d’une information régulière. C’est aussi à la famille de demander, par écrit, ce que la loi prévoit déjà.

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