Beaucoup de familles regardent la chambre, la salle à manger ou le PASA, mais négligent encore le jardin au moment de choisir un EHPAD. C’est pourtant un espace qui peut changer le quotidien d’un résident : moins d’agitation, plus de mobilité, meilleur sommeil et davantage de repères, surtout pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés.
Dans cet article, vous allez voir pourquoi le jardin mérite d’être un vrai critère de sélection, quels types d’espaces extérieurs existent et quoi vérifier concrètement lors d’une visite.
Trois types d’espaces extérieurs très différents en EHPAD
Tous les jardins d’EHPAD ne se valent pas. On peut les classer en trois catégories qui répondent à des besoins distincts.
| Type | Public visé | Caractéristiques | Accès |
|---|---|---|---|
| Jardin d’agrément | Tous résidents autonomes | Allées, banc, parterres, terrasse, table d’extérieur | Libre aux heures d’ouverture |
| Jardin clos sécurisé | Résidents Alzheimer, troubles cognitifs | Allées circulaires sans cul-de-sac, clôture haute discrète, plantes non toxiques, mobilier ergonomique | Libre et continu |
| Jardin thérapeutique | Programmes encadrés (hortithérapie, motricité, réminiscence) | Jardinières surélevées, parcours sensoriels, atelier outils, points d’eau, abris | Sur prescription ou planning d’animation |
Un EHPAD qui dispose seulement d’une pelouse avec un banc n’offre pas la même qualité d’accompagnement qu’un établissement avec un jardin clos pensé pour la déambulation continue. La distinction est rarement explicite dans les brochures commerciales.

Pourquoi le jardin clos change tout en unité Alzheimer
La déambulation est un comportement fréquent chez les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer. Plutôt que de la contraindre, le jardin clos permet de la canaliser dans un espace sécurisé. Dans son guide d’aménagement des lieux de vie, la Fondation Médéric Alzheimer préconise :
- Allées en boucle sans cul-de-sac, qui ramènent au point de départ et évitent le sentiment de frustration.
- Clôture discrète, idéalement masquée par de la végétation, pour éviter le sentiment d’enfermement.
- Sol plat et antidérapant, large d’au moins 1,50 mètre pour permettre le croisement de deux fauteuils roulants.
- Repères visuels : couleurs contrastées sur les portes de retour, fontaine sonore, arbre remarquable.
- Zones de repos régulières : bancs avec accoudoirs, tonnelle ombragée.
- Plantations non toxiques : exclusion du laurier-rose, du muguet, de l’if, de l’arum et de la digitale.
- Accès direct depuis l’unité de vie.
Plusieurs travaux de recherche clinique en gérontologie[3] (notamment les synthèses publiées par le Journal of Alzheimer’s Disease) observent une réduction de l’agitation et des troubles du sommeil chez les résidents bénéficiant d’un accès quotidien à un espace extérieur sécurisé.
Le jardin thérapeutique, démarche structurée
Un jardin thérapeutique se distingue d’un simple espace vert. Il s’inscrit dans le projet de soins, avec une animatrice ou un ergothérapeute formé à l’hortithérapie. Les bénéfices documentés :
- Stimulation sensorielle (vue, odorat, toucher, ouïe) qui réactive des souvenirs.
- Travail moteur fin (rempotage, taille, arrosage) qui entretient la dextérité.
- Restauration du sentiment d’utilité par le soin apporté aux plantes.
- Lien social entre résidents autour d’une activité partagée.
- Amélioration de la qualité du sommeil par l’exposition à la lumière naturelle.
Un jardin thérapeutique sérieux comporte des jardinières surélevées à 80 ou 90 centimètres (accessibles en fauteuil), un atelier abrité, un stock d’outils ergonomiques, un point d’eau, et un calendrier d’activités hebdomadaires intégré au planning d’animation.
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Présence d’espaces extérieures : réglementation et normes en EHPAD
Il n’existe pas de surface minimale légale obligatoire à l’échelle nationale pour tous les établissements, mais plusieurs textes et référentiels encadrent ces aménagements :
- L’article D312-156 du CASF et les cahiers des charges de la CNSA fixent les conditions techniques d’aménagement des espaces communs en EHPAD.
- La réglementation sur l’accessibilité (loi du 11 février 2005) s’applique aux cheminements extérieurs : pentes adaptées, sol stabilisé, absence de ressaut.
- Les cahiers des charges régionaux (ARS) relatifs aux unités Alzheimer, UHR[4] et PASA imposent un accès direct à un espace extérieur sécurisé.
- Le manuel d’évaluation de la Haute Autorité de Santé (HAS V2022) évalue la qualité du cadre de vie, l’accès à l’extérieur et la liberté de circulation.
Ce qu’il faut regarder lors d’une visite en EHPAD
Quand vous visitez un EHPAD, demandez à voir le jardin et notez ces points concrets.
| Point d’observation | Signal positif | Signal d’alerte |
|---|---|---|
| Accès depuis les unités | Sortie de plain-pied, sans sas verrouillé | Code à composer, ascenseur à prendre |
| Surface | Au moins 10 m² par résident de l’unité | Cour étroite entre deux bâtiments |
| Cheminement | Allée circulaire, sol stabilisé, bancs | Pelouse uniquement, pas d’allée |
| Mobilier | Bancs avec accoudoirs, tonnelles, tables | Un seul banc, pas d’ombre |
| Activités | Jardinières utilisées, planning affiché | Espace vide, sans trace d’usage |
| Sécurité Alzheimer | Clôture haute discrète, plantes non toxiques | Clôture basse, plantes ornementales toxiques |
| Heures d’accès | Libre toute la journée, accompagné le soir | Ouvert deux heures par jour |
Demandez aussi à voir les photos du jardin en hiver. Un espace beau en juin peut être impraticable en janvier (boue, absence d’éclairage, mobilier inutilisable).

Coûts et financements
L’aménagement d’un jardin thérapeutique représente un investissement non couvert par l’APA ou les forfaits soins. Les sources de financement habituelles :
- Budget d’investissement propre à l’établissement.
- Subventions de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) pour les UHR et PASA.
- Appels à projets régionaux (ARS, conseils départementaux).
- Dons et mécénat (associations de familles, fondations privées).
- Partenariats avec des paysagistes spécialisés et écoles d’horticulture.
Un jardin existant entretient un coût annuel de fonctionnement (jardinier, eau, plantes, mobilier) que l’établissement intègre dans son tarif hébergement.
Questions fréquentes
Un EHPAD sans jardin est-il forcément moins bon ?
Non, mais c’est un déficit qui pèse, surtout pour les résidents Alzheimer. Certains établissements urbains compensent par des sorties accompagnées dans des parcs publics. Demandez le projet d’animation pour vérifier la fréquence réelle.
L’accès au jardin est-il un droit pour le résident ?
Le résident est libre de ses mouvements selon l’article L311-3 du CASF. Un EHPAD ne peut pas restreindre l’accès à un espace commun sans motif médical individualisé. Si l’accès est limité, demandez la formalisation écrite de la restriction.
Combien de mètres carrés pour un jardin Alzheimer adapté ?
Il n’existe pas de norme[5] réglementaire stricte. Les guides de bonnes pratiques en architecture médico-sociale préconisent une surface minimale de 150 à 200 m² pour une unité de 12 à 14 résidents, garantissant une boucle de déambulation d’au moins 80 à 100 mètres. En milieu urbain, cette exigence est parfois adaptée sous forme de terrasses sécurisées et aménagées.
Les plantes toxiques sont-elles interdites ?
Aucune liste officielle nationale, mais le bon sens et le guide Médéric Alzheimer recommandent d’exclure laurier rose, if, muguet, digitale, arum, ricin. Un jardin Alzheimer responsable affiche la liste des plantes utilisées.
Le jardin est-il pris en compte dans l’évaluation HAS ?
Oui. Le référentiel d’évaluation HAS aborde la liberté de mouvement, l’accessibilité et la qualité du cadre de vie. Les résultats de ces évaluations sont directement consultables par le public sur la plateforme nationale Qualiscope.



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