Le compte bancaire de votre parent en EHPAD est souvent à zéro plus vite que prévu. Mois après mois, les factures s’accumulent, la pension ne suffit plus, l’épargne fond, jusqu’au moment où le solde devient insuffisant pour financer l’établissement. Et là, une question angoissante s’impose : que se passe-t-il quand il n’y a vraiment plus d’argent ? Cet article vous explique quoi faire quand le compte bancaire de votre proche n’est plus suffisant pour payer l’EHPAD, qui paie quoi et dans quelles limites.
Compte bancaire à zéro en EHPAD : une situation fréquente, mais rarement expliquée
Lorsque l’argent commence à manquer en EHPAD, les familles ont souvent l’impression d’être face à un cas isolé. En réalité, cette situation concerne un grand nombre de résidents et correspond à des situations bien identifiées.
Pourquoi l’argent s’épuise rapidement en EHPAD
Avec un coût mensuel moyen de 2 400 € en 2025, le prix de l’EHPAD dépasse, dans la plupart des cas, les revenus d’un retraité. Même après une carrière complète, la pension ne suffit généralement pas à payer l’ensemble des frais chaque mois. L’épargne sert alors à compléter, jusqu’au jour où il n’y en a plus.
Beaucoup de familles pensent aussi que la situation sera temporaire. Un séjour prévu pour un ou deux ans peut finalement durer beaucoup plus longtemps. À cela s’ajoutent des frais que l’on n’anticipe pas toujours tels que la chambre individuelle, les protections d’incontinence[2], les soins non pris en charge ou encore la blanchisserie. Mis bout à bout, ces coûts pèsent lourd. Progressivement, le compte bancaire se vide, sans mauvaise gestion ni erreur de la famille.

Ce que redoutent, à tort, la plupart des familles
Quand l’argent commence à manquer, les familles se font souvent les mêmes scénarios inquiétants. Beaucoup redoutent que l’EHPAD puisse demander au résident de quitter la maison de retraite faute de paiement. Il y a aussi la peur très concrète de devoir avancer de l’argent, de s’endetter, ou de mettre en danger son propre équilibre financier.
Ces peurs sont compréhensibles, mais dans la majorité des situations, elles ne correspondent pas à ce que prévoit la loi. Le droit français a justement mis en place des règles pour éviter que la perte d’autonomie d’un parent n’entraîne la ruine de ses proches. Encore faut-il connaître ces protections pour ne pas agir dans la panique ou céder à des demandes qui ne sont pas toujours légitimes.
Qui doit payer l’EHPAD quand le parent n’a plus d’argent ?
C’est la question centrale, celle qui pèse le plus lourdement sur les aidants. La réponse n’est pas morale, elle est juridique.
Ce que dit la loi sur l’obligation alimentaire[3] en EHPAD
L’obligation alimentaire[3] est prévue par le Code civil, notamment par les articles 205 à 207. Elle n’est ni automatique, ni illimitée, ni décidée par l’EHPAD.
Qui peut être concerné par l’obligation alimentaire[3] ?
En pratique, l’obligation alimentaire[3] peut concerner :
- les enfants du parent hébergé en EHPAD ;
- le conjoint, s’il existe encore juridiquement ;
- les gendres ou belles-filles si encore mariés.
À noter également que depuis la loi du 8 avril 2024 sur le bien vieillir, les petits-enfants sont désormais totalement exonérés de toute participation financière aux frais d’EHPAD de leurs grands-parents.
Dans quelles limites peut-on être sollicité dans le cadre de l’obligation alimentaire[3] ?
La loi est très claire sur un point : on ne peut pas exiger plus que ce que l’on peut payer. La participation éventuelle dépend toujours :
- des revenus de l’obligé alimentaire ;
- de ses charges (logement, famille, dettes, santé) ;
- de sa situation personnelle et professionnelle.
Un enfant aux revenus modestes, déjà fragilisé financièrement, ne peut pas être contraint de se mettre en difficulté pour payer l’EHPAD de son parent.
Ce qui ne peut pas être exigé légalement
Lorsque l’argent manque, certaines familles se retrouvent sous pression, parfois sans savoir si les demandes qui leur sont faites sont réellement légales. Il est donc essentiel de poser des limites.
Un EHPAD ne peut pas décider seul que les enfants doivent payer à la place de leur parent. Il ne peut pas non plus exiger un règlement immédiat de la part des proches, simplement parce que le compte bancaire du résident est insuffisant. La participation financière des enfants ne peut jamais être automatique.
Tant qu’aucune décision de justice n’a fixé une éventuelle contribution au titre de l’obligation alimentaire[3], l’aidant n’est pas tenu de combler le manque d’argent du parent. Refuser de payer dans ce contexte n’est ni un abandon, ni une faute : c’est simplement le respect du droit.
Quelles sont les aides financières à activer en priorité lorsque le résident n’a pas les moyens de payer l’EHPAD ?
Lorsque les ressources personnelles ne suffisent plus, la solidarité publique prend le relais. Encore faut-il activer les bons dispositifs, au bon moment.
L’aide sociale à l’hébergement
L’ASH est accordée par le Conseil départemental lorsque les revenus et l’épargne ne suffisent plus à couvrir les frais d’EHPAD. Le département examine les ressources du résident, son éventuel patrimoine et le statut de l’établissement, qui doit être habilité à recevoir l’ASH.
Concrètement, le résident continue de participer selon ses moyens et conserve une petite somme pour ses dépenses personnelles. Le département prend en charge le reste à payer, ce qui permet de maintenir l’hébergement sans que les enfants n’aient à avancer l’argent.
Attention néanmoins, il est important de savoir que l’ASH peut être récupérée sur l’héritage après le décès du bénéficiaire.

APA, APL et aides complémentaires
Avant ou en parallèle de l’ASH, d’autres aides continuent de jouer un rôle :
- l’APA qui permet de couvrir une partie des frais liés à la dépendance ;
- l’APL ou l’ALS qui peuvent alléger le coût de l’hébergement ;
- les aides des caisses de retraite (CNAV, MSA, caisses complémentaires), souvent sous forme d’aides ponctuelles ;
- des aides accordées par certaines communes ou départements via le CCAS[4].
Ces aides ne suffisent pas toujours à elles seules, mais elles réduisent le reste à charge et facilitent l’accès à une prise en charge plus globale.
Que se passe-t-il pendant l’instruction des dossiers de demande d’aides ?
C’est souvent la période la plus anxiogène pour le résident et sa famille, car les factures continuent d’arriver, alors que les aides ne sont pas encore versées.
Peut-on rester en EHPAD sans payer immédiatement ?
Dans la grande majorité des cas, oui. Lorsqu’un dossier d’aide sociale est en cours, l’établissement sait que la situation est encadrée. Les impayés temporaires liés à l’instruction ne signifient pas une remise en cause immédiate de l’hébergement.
Les expulsions pour défaut de paiement sont extrêmement rares, surtout lorsque les démarches sont engagées de bonne foi.
Les solutions temporaires et les erreurs à éviter
C’est souvent dans cette phase que les aidants commettent des erreurs par peur de mal faire. Avancer de l’argent personnel sans cadre clair, signer un engagement mal compris ou retarder les démarches peut compliquer durablement la situation.
À l’inverse, signaler rapidement les difficultés et se faire accompagner permet de sécuriser cette période de transition.
Faut-il vendre un bien immobilier pour payer l’EHPAD ?
Lorsque l’argent manque, la question de la maison ou de l’appartement du parent revient très vite. Pourtant, la vente d’un bien immobilier n’est ni automatique, ni toujours urgente. Elle dépend à la fois de la capacité du parent à décider, du cadre juridique existant et des alternatives possibles.
La vente n’est possible que si le parent peut consentir
Un bien immobilier ne peut être vendu que si son propriétaire donne un consentement libre et éclairé. Tant que le parent est en capacité de comprendre les conséquences de la vente, il peut décider seul.
En revanche, si ses facultés sont altérées, une simple procuration ne suffit pas toujours. Elle peut devenir invalide et être contestée. Dans ce cas, une mesure de protection juridique (curatelle[5], tutelle[6] ou habilitation familiale) peut être nécessaire, et l’autorisation du juge des contentieux et de la protection est en général requise.
Lorsqu’un mandat de protection future notarié a été prévu à l’avance, la vente peut être facilitée sans passer par une procédure judiciaire lourde.
Plusieurs solutions de vente, pas uniquement la vente classique
La vente en pleine propriété est la solution la plus connue : elle permet d’obtenir rapidement des liquidités, mais implique de se séparer définitivement du bien.
D’autres options existent, comme la vente en viager, qui combine un capital de départ et une rente mensuelle, ou la vente à terme, avec un paiement échelonné. Ces solutions peuvent permettre de financer l’EHPAD plus progressivement.
Quand la vente est demandée ou différée
Dans certains cas, la vente peut être différée. Cela signifie que le bien n’est pas vendu immédiatement, malgré des ressources insuffisantes, grâce à des dispositifs comme l’aide sociale à l’hébergement ou une récupération ultérieure sur succession. Cette possibilité vise à éviter les décisions prises dans l’urgence, lorsque la situation financière devient critique.
Comment se protéger en tant qu’aidant financièrement et juridiquement ?
L’aidant est souvent celui qui porte tout : les démarches, les décisions, la charge mentale. Il doit aussi se protéger.
Ne jamais signer seul sans comprendre
Un document signé trop vite peut engager durablement. Avant toute signature, il est essentiel de comprendre ce qui est demandé, pourquoi, et avec quelles conséquences. Refuser de signer n’est pas un refus d’aider, c’est un acte de prudence.
À qui demander conseil ?
Des interlocuteurs existent pour accompagner les familles :
- le CCAS[4] de la commune pour faire le point sur la situation et orienter vers les aides adaptées ;
- les assistantes sociales, qui interviennent à l’hôpital, en EHPAD ou au niveau départemental, connaissent les dispositifs existants et peuvent aider à monter les dossiers ;
- les services du Conseil départemental sont les décideurs en matière d’aide sociale à l’hébergement et peuvent clarifier les droits et les délais.
Quand l’argent manque, l’accompagnement reste un droit
Manquer d’argent ne signifie pas perdre ses droits, ni mettre fin à la prise en charge. L’entrée en EHPAD repose avant tout sur des besoins de santé, de sécurité et d’accompagnement, pas uniquement sur la capacité financière du résident ou de sa famille.
Lorsque les ressources deviennent insuffisantes, des dispositifs existent pour éviter que la dépendance ne conduise à des ruptures de parcours ou à des situations de mise en danger.
Pour les aidants, ce principe est essentiel à comprendre : ils n’ont pas à s’appauvrir ni à se substituer durablement à la solidarité publique. Leur rôle est d’accompagner, d’alerter, de faire valoir les droits de leur parent, pas de financer seuls une situation qui dépasse leurs moyens.
Même lorsque les démarches sont longues ou complexes, l’accompagnement ne disparaît pas. Il peut être ajusté, encadré, parfois réorganisé, mais il reste un droit fondamental. Se faire aider, demander du temps, refuser des engagements financiers précipités, ce n’est pas abandonner son proche : c’est le protéger, et se protéger soi-même.
FAQ
Que faire si mon parent en EHPAD n’a plus d’argent ?
Il faut activer rapidement les aides existantes, notamment l’ASH, et se faire accompagner par une assistante sociale.
Les enfants doivent-ils payer l’EHPAD de leurs parents ?
Non, pas automatiquement. Néanmoins ils sont tenus à une obligation alimentaire[3]. Toute participation éventuelle doit être évaluée par un juge, selon les ressources réelles.
Peut-on être expulsé d’un EHPAD faute de paiement ?
C’est très rare. Lorsque les démarches de demandes d’aides sont en cours, l’hébergement est maintenu.
Comment fonctionne l’aide sociale à l’hébergement ?
L’ASH permet au département de prendre en charge les frais d’EHPAD quand les ressources sont insuffisantes, sous conditions.
Faut-il vendre la maison pour payer l’EHPAD ?
Pas systématiquement. La vente peut être différée ou remplacée par une récupération sur succession.
Qui contacter en urgence quand le compte est à zéro ?
Le CCAS[4], une assistante sociale ou le Conseil départemental sont les premiers interlocuteurs à contacter.






Laissez un commentaire