Passé 60 ans, la presbyacousie commence à pointer le bout de son nez. Les sons aigus deviennent flous, suivre une conversation dans un environnement bruyant relève du parcours du combattant, et la télé monte progressivement en volume. Bref, l'audition baisse, et avec elle, parfois, l'envie de sortir ou de participer aux discussions familiales. Le problème, c'est que les prothèses auditives coûtent cher. Entre 950 € et 3 500 € par oreille selon les modèles, on comprend vite pourquoi beaucoup de seniors hésitent à franchir le pas. Pourtant, depuis 2021, le dispositif "100 % Santé" permet d'accéder à des appareils sans débourser un centime. À condition de respecter certaines règles précises.
Le parcours obligatoire : prescription et bilan
Première étape incontournable : la prescription médicale. Sans elle, aucun remboursement possible. Vous pouvez consulter un ORL, évidemment, mais aussi votre médecin généraliste s'il a une formation en otologie médicale. Pour les personnes de plus de 6 ans (donc largement après 60 ans), le renouvellement d'une prescription peut même être effectué par n'importe quel généraliste.
Une fois l'ordonnance en poche, direction l'audioprothésiste. Celui-ci va réaliser toute une série de prestations préalables : évaluation de vos besoins réels, examen des conduits auditifs, mesures précises de votre perte auditive, et surtout, information détaillée sur les différents types d'appareils disponibles.
L'audioprothésiste a une obligation légale : vous proposer au minimum deux appareils de classe I (ceux du "100 % Santé") par oreille à équiper. Il peut vous montrer d'autres modèles plus sophistiqués, mais il doit d'abord vous présenter l'offre sans reste à charge.
LIRE AUSSI : Feuilles de soins : Procédure et envoi pour un remboursement des dépenses de santé

Les deux univers : classe I et classe II
Les prothèses auditives se divisent en deux catégories bien distinctes, avec des implications financières radicalement différentes.
Classe I : appareils “100 % Santé” à prix plafonné
Les appareils de classe I, c'est le cœur du dispositif "100 % Santé". Leur prix est plafonné à 950 € par oreille pour les adultes. Ces appareils ne sont pas des modèles au rabais : ils disposent d'au moins 12 canaux de réglage et proposent trois options techniques parmi huit possibilités (réduction du bruit ambiant, système anti-acouphènes, connectivité sans fil, etc.).
Ils couvrent la majorité des besoins courants et existent en plusieurs formats :
- contour d'oreille classique,
- écouteur déporté,
- même intra-auriculaire.
Classe II : technologies avancées et tarifs libres
Les appareils de classe II, eux, évoluent en prix libre. L'audioprothésiste fixe ses tarifs comme il l'entend.
On trouve là les technologies les plus avancées :
- intelligence artificielle pour adapter automatiquement les réglages selon l'environnement,
- bluetooth pour connexion directe avec le smartphone,
- batteries rechargeables,
- designs ultra-discrets...
Le prix peut grimper jusqu'à 3 500 € par oreille, voire davantage.
Le remboursement de l'Assurance maladie : la base commune
Que vous choisissiez un appareil de classe I ou de classe II, l'Assurance maladie rembourse sur la même base : 400 € par oreille, à hauteur de 60 %. Concrètement, la Sécurité sociale vous verse 240 € par oreille appareillée. Pour un appareillage bilatéral (les deux oreilles, ce qui est souvent recommandé), ça fait 480 € au total.
Cette base de remboursement ne change pas depuis des années. C'est pour ça qu'avant la réforme "100 % Santé", le reste à charge était colossal, même avec une bonne mutuelle.
LIRE AUSSI : 8 conseils pour trouver la meilleure mutuelle senior pas chère
La mutuelle : l'acteur clé du remboursement total
Pour obtenir un remboursement intégral, votre complémentaire santé doit être ce qu'on appelle une "mutuelle responsable". Rassurez-vous, c'est le cas de l'immense majorité des contrats actuels.
Classe I : zéro reste à charge
Pour les appareils de classe I, le mécanisme est simple : l'Assurance maladie verse ses 240 €, et la mutuelle complète jusqu'à atteindre le prix plafonné de 950 €. Elle prend donc en charge 710 € par oreille. Résultat : zéro reste à charge pour vous.
Classe II : remboursement partiel et reste à votre charge
Pour les appareils de classe II, c'est une autre histoire. La mutuelle rembourse selon les conditions de votre contrat :
- soit un forfait annuel (qui peut aller de quelques centaines d'euros à 1 200 € par oreille selon les formules),
- soit un pourcentage de la base de remboursement Sécurité sociale (parfois jusqu'à 400 % de cette base).
Dans tous les cas, un reste à charge subsiste généralement.
Exemple concret de remboursement
Prenons un appareil de classe II vendu 1 500 € par oreille. L'Assurance maladie rembourse 240 €. Si votre mutuelle propose un forfait de 700 € par oreille, elle ajoute ces 700 € aux 240 € de la Sécu.
- Total remboursé : 940 €.
- Reste à votre charge : 560 €.
- Pour les deux oreilles, vous sortez donc 1 120 € de votre poche.
Avec le même budget, deux appareils de classe I à 950 € l'unité vous coûtent... zéro euro. La différence est massive.
L'essai gratuit : un droit à connaître
Avant de vous engager définitivement, vous bénéficiez d'une période d'essai obligatoire d'au moins 30 jours. Certains audioprothésistes proposent même 45 jours. Pendant ce temps, vous testez les appareils dans votre quotidien réel : au restaurant, devant la télé, au téléphone, en famille.
Si les appareils ne vous conviennent pas, vous pouvez les restituer sans frais. C'est seulement à l'issue de cette période d'essai, quand vous décidez de les garder, que l'audioprothésiste facture l'Assurance maladie et votre mutuelle. À ce moment-là, vous devez présenter votre carte Vitale pour bénéficier du tiers payant.

Le devis normalisé : décrypter les lignes
Avant toute chose, l'audioprothésiste doit vous remettre un devis détaillé et normalisé. Ce document contient des informations cruciales :
- le prix de chaque appareil,
- la marque,
- le modèle exact,
- la classe (I ou II),
- les prestations d'adaptation incluses,
- les accessoires éventuels,
- la durée de garantie,
- le montant total avec la répartition précise entre ce que paie l'Assurance maladie, ce que paie la mutuelle, et ce qui reste à votre charge.
| Lisez ce devis attentivement. Si quelque chose n'est pas clair, demandez des explications. |
Beaucoup d'audioprothésistes prennent en charge les démarches administratives auprès de votre CPAM[2] et de votre mutuelle, mais vérifiez toujours les montants annoncés.
Ce qui est inclus dans le prix
Le prix affiché d'une prothèse auditive n'est pas qu'un bout de plastique et d'électronique. Il englobe tout un accompagnement sur plusieurs années.
Réglages personnalisés : adapter l’appareil à votre audition et à votre quotidien
L'audioprothésiste va adapter finement l'appareil à votre perte auditive spécifique, à vos habitudes de vie, aux environnements que vous fréquentez le plus.
Suivi obligatoire et consultations de contrôle : accompagner l’adaptation
Trois consultations de contrôle sont prévues la première année : au troisième mois, au sixième mois, et à un an.
Ces rendez-vous permettent d'ajuster les réglages au fur et à mesure que votre cerveau réapprend à traiter les sons. Parce que oui, s'habituer à une prothèse auditive demande un temps d'adaptation, surtout si votre perte auditive était installée depuis longtemps.
Au-delà de la première année, deux consultations annuelles sont recommandées pour vérifier que tout fonctionne correctement et adapter les paramètres si nécessaire.
Garantie constructeur et entretien : sécurité et pérennité sur plusieurs années
La garantie constructeur est d'une durée minimale de 4 ans pour les appareils de classe I. Elle couvre les pannes éventuelles et certains frais d'entretien.
Les accessoires et les piles
Les prothèses auditives ne fonctionnent pas toutes seules. Elles ont besoin de piles (sauf les modèles rechargeables), et parfois d'accessoires comme des écouteurs spécifiques ou des coques sur mesure.
Bonne nouvelle : les piles sont prises en charge par l'Assurance maladie à hauteur de 60 %, sans besoin de prescription médicale. Selon le type d'appareil, vous avez droit à 3 à 10 paquets de 6 piles par an et par oreille. Si vous portez deux appareils, c'est le double.
Les autres accessoires inscrits sur la liste des produits remboursables bénéficient également d'une prise en charge à 60 % de leur tarif de base.
Le renouvellement : tous les 4 ans
Les prothèses auditives ne sont pas éternelles. La technologie évolue, les besoins changent, et les appareils vieillissent. Le remboursement d'un nouvel équipement est possible tous les 4 ans, calculé entre les dates de facturation des appareils précédents.
Pour le renouvellement, une nouvelle prescription médicale est nécessaire, mais elle peut être établie par votre médecin traitant, pas forcément par un ORL.
Cas particulier : la Complémentaire santé solidaire
Si vous bénéficiez de la Complémentaire santé solidaire (C2S), l'audioprothésiste doit vous proposer un appareil dont le prix ne dépasse pas 800 € par oreille. Si vous choisissez un modèle plus cher, la prise en charge s'arrête à 800 €, et vous devez payer la différence.
C'est un point à surveiller : même avec la C2S, qui offre normalement une couverture renforcée, un reste à charge peut apparaître si vous optez pour un appareil au-dessus du plafond fixé.
Pourquoi s'équiper tôt fait la différence
On a tendance à repousser le moment de s'appareiller. On se dit qu'on entend encore assez bien, que ça va passer, que c'est juste un peu de fatigue. Mais plus on attend, plus le cerveau perd l'habitude de traiter certains sons. Quand on finit par s'équiper après des années de perte auditive non corrigée, la rééducation est plus longue et plus difficile.
Au-delà de l'aspect médical, la perte auditive non traitée entraîne un isolement progressif. On évite les sorties, on participe moins aux conversations, on monte le son de la télé jusqu'à déranger tout le monde. Des études montrent même un lien entre perte auditive non appareillée et accélération du déclin cognitif.
Comparer les offres sans se perdre
Face aux dizaines de modèles disponibles, difficile de s'y retrouver. Voici un tableau qui résume les différences essentielles entre les deux classes d'appareils :
| Critère | Classe I (100 % Santé) | Classe II (prix libre) |
|---|---|---|
| Prix par oreille | 950 € maximum | Jusqu'à 3 500 € ou plus |
| Remboursement Assurance maladie | 240 € (60 % de 400 €) | 240 € (60 % de 400 €) |
| Remboursement mutuelle responsable | 710 € (complément jusqu'à 950 €) | Variable selon contrat (forfait ou %) |
| Reste à charge | 0 € | Généralement entre 400 € et 2 000 € par oreille |
| Canaux de réglage | Minimum 12 | 16 à 48 selon modèles |
| Options techniques | 3 parmi 8 disponibles | Toutes options (IA, bluetooth avancé, recharge rapide...) |
| Garantie minimale | 4 ans | Variable (souvent 4 ans aussi) |
| Période d'essai | 30 jours minimum | 30 jours minimum |
Questions fréquentes
Puis-je choisir un appareil de classe II même si je peux avoir un classe I gratuitement ?
Oui, absolument. L'audioprothésiste doit vous proposer les deux options, mais vous êtes libre de choisir. Si vous avez des besoins spécifiques (perte auditive complexe, environnements sonores très variables, utilisation intensive du téléphone...), un appareil de classe II peut être plus adapté. Par contre, vous aurez un reste à charge à assumer.
Ma mutuelle actuelle couvre-t-elle vraiment le 100 % Santé ?
Si votre mutuelle est un contrat responsable (c'est le cas de presque tous les contrats depuis 2015), elle doit obligatoirement prendre en charge le complément pour atteindre zéro reste à charge sur les appareils de classe I. Vérifiez quand même auprès de votre assureur avant de vous engager, certains très vieux contrats pourraient échapper à cette obligation.
Combien de temps dure l'adaptation à une prothèse auditive ?
C'est très variable selon les personnes. Certains s'habituent en quelques jours, d'autres ont besoin de plusieurs mois. En moyenne, comptez 3 à 6 mois pour une adaptation confortable. Les premiers jours peuvent être perturbants : vous allez entendre des sons que vous n'entendiez plus depuis longtemps (le bruit du frigo, le froissement du papier, les oiseaux...). C'est normal, votre cerveau doit réapprendre à filtrer ces informations.
Que se passe-t-il si mon appareil tombe en panne après les 4 ans de garantie ?
Vous pouvez soit le faire réparer à vos frais (certaines réparations sont remboursées partiellement), soit demander un renouvellement puisque les 4 ans sont écoulés. Si votre audioprothésiste estime que la réparation coûte plus cher qu'un nouvel équipement, il vous orientera vers un renouvellement avec nouvelle prescription.
Est-ce que je peux changer d'audioprothésiste en cours de route ?
Oui, mais attention : le suivi inclus dans le prix initial est lié à l'audioprothésiste qui vous a vendu les appareils. Si vous changez de professionnel, le nouveau peut vous facturer les consultations et réglages. Mieux vaut donc choisir dès le départ quelqu'un avec qui le courant passe bien et qui est situé près de chez vous pour faciliter les rendez-vous réguliers.






Laissez un commentaire