Troubles de la mémoire, baisse de vision centrale, deux mondes en apparence éloignés qui pourtant se rapprochent. La dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) et la maladie d'Alzheimer partagent bien plus qu'un public commun et un horizon démographique inquiétant. Les mécanismes profonds qui abîment la rétine ressemblent à ceux qui rongent peu à peu le cerveau, amenant chercheurs et cliniciens à croiser leurs regards. Le point sur les connexions physiopathologiques, les risques conjoints, l'état de la prévention et les nouvelles stratégies de prise en charge, alors que la population vieillit et que les deux diagnostics explosent.
Une épidémie double : chiffres et évolution
En France, 1,5 million de personnes vivent avec une DMLA, tandis que la maladie d’Alzheimer touche environ 900 000 patients. Les courbes ne ralentissent pas. D'ici 2040, la DMLA devrait concerner 2,2 millions de Français. L'OMS prédit presque un doublement du nombre de cas Alzheimer tous les vingt ans. Vieillir, aujourd'hui, c'est avancer sur une ligne de crête, la vue et la mémoire menacées.
Pourquoi ce parallèle ? Au-delà de l'âge, ces deux maladies frappent avec une fréquence accrue chez ceux qui cumulent certains facteurs : tabac, obésité, hypertension, diabète, cholestérol élevé mais aussi isolement social ou dépression[2]. On retrouve des facteurs génétiques, notamment sur les gènes de l'immunité.

Mécanismes communs : le fil rouge de l'inflammation et du stress oxydant
Ce qui rapproche DMLA et Alzheimer ne tient pas seulement au hasard statistique. Les deux pathologies sont marquées par des phénomènes d'inflammation chronique, de stress oxydant et de perturbation du métabolisme lipidique. Les dégâts s'installent lentement, sur des années, jusqu'à ce que les symptômes éclatent.
La DMLA, une maladie de la rétine… et du système nerveux
Dans la DMLA, la rétine se couvre de petits dépôts riches en lipides, appelés drusen. Ces accumulations, nées du stress oxydant, piègent aussi des protéines comme l'amyloïde bêta — la même qui s'accumule dans le cerveau d'Alzheimer.
La conséquence : une inflammation locale persistante, l'activation des cellules immunitaires, puis la dégénérescence progressive des photorécepteurs et de l'épithélium pigmentaire rétinien. La vision centrale s'effondre, le quotidien bascule.
Alzheimer : les mêmes coupables dans le cerveau
Dans le cerveau, les plaques d'amyloïde bêta s'accumulent entre les neurones, des enchevêtrements de protéines tau s'étendent à l'intérieur. L'oxydation des lipides poursuit son travail de sape, l'inflammation s'installe, activant les cellules immunitaires du cerveau. Peu à peu, les circuits de la mémoire, du langage, du raisonnement lâchent prise.
Le cholestérol oxydé, un acteur clé des deux côtés
Un composé attire l'attention : le 24-(S)-hydroxycholestérol (24S-OHC). Son taux grimpe dans les deux maladies.
- Dans la rétine, il accentue le stress oxydant, stimule la production d'amyloïde bêta, réactive l'inflammation.
- Chez les personnes atteintes d'Alzheimer, ce marqueur lipidique est aussi retrouvé à des taux élevés.
Les frontières entre œil et cerveau, longtemps considérées comme étanches, semblent plus poreuses qu'on ne le pensait.
Facteurs de risque modifiables : agir sur l'hygiène de vie, ralentir les deux maladies
La génétique pèse, mais le mode de vie pèse davantage qu'on l'imaginait. Selon les dernières synthèses (Commission sur les démences, The Lancet 2024), près de 45% des cas de démence pourraient être liés à des facteurs modifiables. Même logique pour la DMLA.
- Hypertension artérielle, diabète, excès de cholestérol, obésité : le cocktail classique, mais aussi des troubles sensoriels non traités (perte d'audition, troubles visuels), la dépression[2], les traumatismes crâniens.
- Tabac, sédentarité, alcool, manque de sommeil, isolement social viennent s'ajouter en force.
- Pollution de l'air, faible niveau d'éducation, exposition chronique au bruit : des risques plus discrets mais réels.
Les conseils de prévention se croisent : alimentation équilibrée, activité physique, stimulation cognitive, lien social, arrêt du tabac, contrôle du poids et du cholestérol. Protéger sa vue, corriger une cataracte, traiter une baisse d'audition, tout cela réduit aussi le risque de déclin cognitif. La vision n'est plus un détail annexe : elle entre officiellement dans la liste des facteurs à surveiller pour préserver le cerveau.
Dépistage et traitement : l'importance d'une approche globale
Diagnostiquer tôt les troubles visuels, c'est parfois détecter à distance un risque accru de maladie d'Alzheimer. Plusieurs études ont montré que les patients Alzheimer présentent plus souvent une DMLA ou une cataracte que la population générale. Les premiers signes de la maladie peuvent même être, dans certains cas, des troubles visuels inexpliqués, dus à une atteinte du cortex visuel (syndrome de Benson).
De nouvelles pistes de recherche s'ouvrent : l'imagerie de la rétine pourrait à l'avenir permettre le dépistage précoce de dépôts amyloïdes, bien avant les premiers troubles cognitifs. Un domaine en pleine effervescence, qui intéresse aussi bien les ophtalmologistes que les neurologues.
Pour la prise en charge, la tendance va vers des stratégies pluridisciplinaires. Terminés, les exercices cognitifs isolés ou les approches centrées sur un seul organe. L'exemple du programme CareMENS en France l'illustre : un « cocktail » d'activités physiques, sociales et cognitives, intégrant aussi le suivi des fonctions sensorielles, donne de bien meilleurs résultats sur la qualité de vie.

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Traitements : convergence des innovations
Les traitements actuels de la DMLA (injections intraoculaires d'anti-VEGF, compléments alimentaires, suivi rapproché) ralentissent la progression, sans offrir de guérison.
Pour Alzheimer, les médicaments disponibles visent à ralentir le déclin, sans réversibilité. Mais, fait nouveau, certains traitements de la maladie d'Alzheimer, notamment les inhibiteurs d'acétylcholinestérase, montrent un effet anti-inflammatoire qui intéresse la communauté ophtalmologique. Des études sont en cours pour vérifier s'ils pourraient aussi moduler le risque ou la progression de la DMLA.
La recherche avance aussi sur des thérapies ciblant l'amyloïde bêta, l'oxydation lipidique ou la réponse inflammatoire, avec l'espoir d'une efficacité transversale. Les grands congrès de 2026 (APODEP, Imagerie en ophtalmologie, Rétine 360) mettent en avant ces pistes et croisent les expertises.
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Prévention pratique : modes de vie à privilégier
- Prendre soin de sa vue, ne pas négliger la correction optique ni le dépistage des maladies oculaires.
- Rester actif physiquement : la marche, la danse, le vélo, mais aussi le chant, la musique, les langues étrangères. Tout ce qui stimule le cerveau et le lien social.
- Manger varié, privilégier fruits, légumes, poissons, limiter sucres et graisses saturées.
- Gérer stress, sommeil, hypertension, dépression[2].
- Surveiller et traiter diabète, hypercholestérolémie, obésité.
- Entretenir des relations sociales, lutter contre l'isolement.
- Limiter l'exposition à la pollution et au bruit, protéger la tête lors des activités à risque.
FAQ : questions fréquentes sur DMLA et Alzheimer
Peut-on prévenir la DMLA et Alzheimer en même temps ?
Oui, en agissant sur les facteurs de risque communs (hygiène de vie, vision, audition, activité physique, alimentation), on réduit globalement le risque ou on retarde l'apparition des deux maladies.
La DMLA annonce-t-elle forcément un Alzheimer ?
Non. Les deux maladies partagent des mécanismes, mais il n'y a pas de lien de causalité direct prouvé. Avoir une DMLA n'implique pas obligatoirement un risque d'Alzheimer accru, mais doit inciter à surveiller la santé globale.
Le dépistage visuel est-il utile pour le cerveau ?
Oui. Traiter précocement les troubles de la vision permet de maintenir une stimulation sensorielle, facteur clé pour préserver les fonctions cognitives.
Existe-t-il des traitements qui agissent sur les deux maladies ?
Pour l'instant, aucune molécule n'a prouvé d'efficacité simultanée. Mais la recherche sur les anti-inflammatoires et les inhibiteurs d'acétylcholinestérase ouvre des perspectives.






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