Le placement en EHPAD est souvent une étape difficile à envisager pour une famille. Dans un contexte où l’autonomie diminue, la question de la prise en charge se pose naturellement. On vous explique pourquoi on entre en EHPAD, comment accompagner un proche et ce qui change à chaque stade de perte d’autonomie.
Entrer en EHPAD : une décision liée à la perte d’autonomie, pas au diagnostic
En 2019, plus de 730 000 personnes vivaient en établissement pour personnes âgées, dont plus de 80 % en EHPAD. L’âge médian à l’entrée est de 88 ans.
Pourquoi le nom de la maladie n’est-il jamais le seul critère ?
L’entrée en EHPAD ne dépend pas d’un diagnostic précis, mais de ce que ce diagnostic entraîne dans la vie quotidienne de la personne. Ce sont les conséquences concrètes (la capacité à se lever, se nourrir, se déplacer…) qui orientent vers un établissement médicalisé.
Une même maladie peut évoluer très différemment d’une personne à l’autre, et ce n’est pas son nom qui guide la décision d’un placement en EHPAD, mais la perte d’autonomie qu’elle provoque.
Perte d’autonomie physique vs perte d’autonomie cognitive
La perte d’autonomie peut être physique (difficulté à marcher, à se lever, à s’habiller…) ou cognitive (troubles de mémoire, désorientation…). Ces deux dimensions peuvent exister simultanément ou séparément, et influencent la capacité de la personne à rester en sécurité chez elle.
L’EHPAD devient une option lorsque ces pertes dépassent ce que l’entourage ou les services à domicile peuvent assumer.

Les grandes pathologies pouvant conduire à une entrée en EHPAD
Toutes les pathologies ne nécessitent pas systématiquement un EHPAD. C’est leur évolution et leurs conséquences qui comptent.
Les maladies neurodégénératives
Chez les personnes touchées par des maladies neurodégénératives, l’évolution progressive des troubles rend la vie autonome de plus en plus difficile.
Dans la maladie d’Alzheimer, les stades sévères s’accompagnent de désorientation, d’incontinence[2] et de troubles du comportement qui perturbent la sécurité au quotidien. Près de 40 % des résidents en EHPAD vivent avec la maladie d’Alzheimer ou une pathologie apparentée, selon les données de la DREES.
La maladie de Parkinson peut entraîner une perte de mobilité, des chutes fréquentes, des troubles de la déglutition et parfois une démence associée.
La démence à corps de Lewy provoque des fluctuations cognitives et des hallucinations, générant une insécurité permanente.
Dans la Dégénérescence Fronto-Temporale (DFT), les troubles majeurs du comportement peuvent mettre la personne en danger social ou financier.
Les pathologies cardiovasculaires et respiratoires
Une insuffisance cardiaque sévère se manifeste souvent par un essoufflement au moindre effort et une fatigue extrême, rendant difficiles les gestes quotidiens, comme se lever ou s’habiller, ce qui peut mener à une dépendance quasi totale.
Après un AVC[3], les séquelles, telles que l’hémiplégie, l’aphasie ou des troubles cognitifs compliquent la communication et la mobilité, augmentant les besoins d’aide.
Une BPCO avancée impose parfois une oxygénothérapie continue et une surveillance permanente, dépassant ce que le domicile peut garantir en sécurité.
Les pathologies de l’appareil locomoteur
L’arthrose[4] généralisée et la polyarthrite évoluée provoquent des douleurs chroniques et une raideur des articulations, ce qui limite la mobilité et les gestes simples du quotidien. Cela contribue à une perte d’équilibre et à une dépendance accrue. Chez certains seniors, ces douleurs s’intensifient avec l’âge et l’immobilisation progressive, réduisant l’autonomie dans les activités courantes.
Des séquelles de fractures graves (souvent consécutives à des chutes) peuvent entraîner une perte définitive de la marche et une grabatisation durable, rendant difficile le maintien à domicile[5] en toute sécurité.
Autres situations nécessitant un encadrement médicalisé
Chez certaines personnes âgées, l’évolution de pathologies chroniques ou complexes peut imposer un encadrement médicalisé continu.
Un diabète compliqué s’accompagne parfois de malaises fréquents, d’oscillations glycémiques et d’un besoin de surveillance infirmière pluriquotidienne pour éviter les complications graves et maintenir la qualité de vie.
Une insuffisance rénale terminale induit une fatigue extrême et des soins lourds souvent difficiles à gérer à domicile.
Dans les cancers en phase palliative, les soins de confort et la fin de vie[6] hors hôpital nécessitent une prise en charge adaptée.
Par ailleurs, certaines pathologies psychiatriques vieillissantes demandent une stabilisation psychiatrique et un soutien constant lorsque la dépendance liée à l’âge s’ajoute aux troubles.
LIRE AUSSI : Comment les EHPAD accompagnent les patients atteints de cancer en soins palliatifs ?[7]
Le critère décisif de placement en EHPAD utilisé par les professionnels : le GIR[8]
Plus de la moitié des résidents d’EHPAD sont classés en GIR[8] 1 ou 2, correspondant aux niveaux les plus sévères de perte d’autonomie.
Qu’est-ce que la grille AGGIR[10][9] ?
La grille AGGIR[10][9] (Autonomie Gérontologique et Groupes Iso-Ressources) est l’outil de référence pour mesurer le niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée en France.
Elle classe l’autonomie en six niveaux (GIR[8] 1 à 6) en s’appuyant sur des critères concrets liés à la capacité à accomplir les gestes essentiels de la vie quotidienne.
C’est ce score qui permet ensuite de déterminer si l’accompagnement en EHPAD est pertinent et quelles aides financières peuvent être mobilisées.
GIR[8] 1 et GIR[8] 2 : quand l’EHPAD devient nécessaire
Plus le GIR[8] est bas, plus la dépendance est lourde.
En GIR[8] 1, la personne est en dépendance totale, avec une présence constante nécessaire pour tous les actes.
En GIR[8] 2, l’autonomie est très réduite, soit sur le plan physique, soit sur le plan cognitif, avec un besoin d’aide quotidienne et de surveillance.
À ces niveaux, l’EHPAD devient souvent la solution la plus sécurisante et la plus stable pour tous.
À chaque stade de la maladie, une posture différente pour l’aidant
En France, plus de 9 millions de personnes soutiennent un proche dépendant. Parmi elles, un quart ont entre 55 et 64 ans, souvent en activité professionnelle.
Stade intermédiaire : douter, s’informer, anticiper
À ce stade, l’aidant ressent souvent une hésitation légitime. Les difficultés sont réelles, mais l’autonomie n’est pas encore totalement perdue.
C’est le moment d’identifier les signaux qui indiquent que la situation devient dangereuse et de rechercher des relais professionnels ou familiaux.
Se renseigner sur les aides existantes, visiter des établissements et échanger en famille aide à préparer l’avenir plus sereinement, sans attendre une situation de crise.

Stade avancé : sécuriser, protéger, accepter l’aide
Quand la dépendance devient lourde, l’aidant doit recentrer son rôle sur la sécurité et le bien-être plutôt que sur la seule gestion pratique.
Veiller à limiter les risques de chute, organiser un environnement clair et cohérent, et accepter progressivement l’aide de professionnels permettent de protéger votre proche sans vous épuiser inutilement.
Accepter du soutien (aides à domicile, solutions de répit ou accompagnement en établissement) n’est pas un aveu d’échec, mais une façon de préserver votre santé et la qualité de l’accompagnement.
Entrer en EHPAD n’est pas renoncer : c’est adapter la prise en charge
Placer un proche en EHPAD ne rompt pas le lien affectif ni le rôle de l’aidant. Au contraire, il permet de préserver la qualité de la relation en confiant les aspects les plus exigeants des soins à des professionnels.
L’objectif reste d’offrir au proche un environnement sûr, adapté, et de maintenir autant que possible son bien-être physique et psychologique, tout en soulageant l’aidant des contraintes les plus lourdes.
La décision d’un placement EHPAD révèle souvent une étape de transition plutôt qu’un point final. Pour les familles, elle s’accompagne d’un sentiment de soulagement lorsque les besoins de soin et de sécurité sont mieux pris en charge, tout en maintenant le lien affectif avec leur proche.
Sources :
- 9,3 millions de personnes déclarent apporter une aide régulière à un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie en 2021 - DRESS
- Des résidents de plus en plus âgés et dépendants dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées - DRESS
FAQ
Quelles maladies nécessitent une entrée en EHPAD ?
Aucune maladie ne nécessite automatiquement un EHPAD. On y entre lorsque la maladie, quelle qu’elle soit, provoque une dépendance importante, des risques au domicile ou des soins continus au quotidien.
Est-ce la maladie ou la perte d’autonomie qui compte ?
Ce qui compte, c’est la perte d’autonomie physique et/ou cognitive. Le diagnostic éclaire l’évolution, mais la décision repose sur la sécurité, les besoins d’aide et la continuité des soins.
À partir de quel GIR[8] l’EHPAD est-il recommandé ?
Il n’existe pas de seuil précis, mais l’EHPAD est souvent recommandé en GIR[8] 1 ou 2. Ces niveaux correspondent à une dépendance très lourde et à une surveillance quotidienne nécessaire.
Peut-on entrer en EHPAD sans Alzheimer ?
Toute personne âgée en perte d’autonomie significative, quel que soit le diagnostic, peut être admise en EHPAD si son autonomie quotidienne est compromise.
L’EHPAD est-il définitif ?
Selon l’évolution de l’état de santé, certaines personnes peuvent rejoindre un EHPAD temporairement ou passer à d’autres formes d’accompagnement.
Qui décide de l’entrée en EHPAD ?
La décision se construit avec la personne quand c’est possible, la famille, le médecin et l’équipe médico-sociale. En urgence, l’hôpital peut suggérer une orientation. L’admission dépend ensuite de l’accord et des places.






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