Passer à la retraite est un moment stressant pour les personnes en situation de handicap. À 62 ans, beaucoup s’inquiètent : l’AAH sera-t-elle maintenue ? Faut-il basculer vers la retraite ou l’ASPA ? Ces incertitudes peuvent fragiliser leur revenu et bouleverser leur quotidien.
Cet article explique clairement ce qui change en 2026 : montants de l’AAH, âge de basculement, cumul avec la retraite, aides complémentaires. Vous y trouverez des repères précis pour sécuriser vos droits, anticiper les démarches et éviter les pertes de ressources.
AAH et retraite : un système à deux vitesses selon le taux d'incapacité
À 62 ans, l'AAH ne disparaît pas de la même façon pour tous. Tout dépend du taux d'incapacité reconnu par la CDAPH (Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées) et du parcours professionnel avant la retraite.
- Taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 % : la réforme entrée en vigueur le 1er décembre 2024 (article 254 de la loi de finances 2024) a rebattu les cartes. Désormais, la poursuite d'activité professionnelle au-delà de 62 ans devient possible sans perdre le droit à l'AAH, tout en continuant à cotiser pour la retraite. L'AAH peut aussi se cumuler avec une pension de retraite, si celle-ci reste inférieure au montant maximal de l'AAH.
- Taux d'incapacité entre 50 % et 79 % : le couperet tombe plus tôt. À 62 ans, le versement de l'AAH s'arrête, la CAF (ou la MSA) suspend le paiement même si la CDAPH l'avait prolongé. Le relais doit alors être pris par la pension de retraite ou, pour les ressources très faibles, par l'ASPA.
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Âge de basculement : le seuil des 62 ans, mais des effets différents
Pour tous, la retraite s'ouvre à 62 ans (pour les personnes nées à partir de 1962), même si l'âge légal de départ à la retraite est en train de glisser à 64 ans pour la génération 1968 et après.
La règle :
- l'AAH n'est en principe pas versée après l'âge légal de la retraite,
- sauf pour les personnes avec un taux d'incapacité de 80 % ou plus, qui peuvent continuer à percevoir l'AAH en complément ou en cas de poursuite d'activité (jusqu'à 67 ans en pratique).
Changement important depuis fin 2024 : la possibilité de travailler après 62 ans tout en touchant l'AAH, pour les personnes les plus lourdement handicapées, supprime la nécessité de liquider la retraite à la date anniversaire. Le maintien de l'AAH n'est plus conditionné à la cessation d'activité, un progrès notable pour la liberté de choix.

Montants en 2026 : calculs, plafonds, et cumul AAH/retraite
Le plafond de l'AAH a été revalorisé à 1 033,32 € par mois en avril 2025. La logique reste la même : le montant versé dépend des autres ressources du foyer, notamment de la pension de retraite.
- Si la pension de retraite est inférieure à 1 033,32 €, l'AAH vient compléter, à titre différentiel, pour atteindre ce montant. Exemple concret : retraité avec 700 € de pension = 333,32 € d'AAH versés chaque mois.
- Si la pension égale ou dépasse 1 033,32 €, l'AAH n'est plus versée.
Pour les personnes en situation de handicap vivant en famille d'accueil ou en établissement, le montant de l'AAH peut être réduit : par exemple, 304,82 €/mois pour une personne assimilée à une hospitalisation, cumulable avec une petite pension.
| Situation | Pension mensuelle | AAH versée | Montant total |
|---|---|---|---|
| Retraite faible | 250 € | 783,32 € | 1 033,32 € |
| Retraite modeste | 900 € | 133,32 € | 1 033,32 € |
| Retraite = plafond | 1 033,32 € | 0 € | 1 033,32 € |
La composition du foyer pèse aussi : un couple, des enfants à charge, modifient les plafonds de ressources. Depuis octobre 2023, les revenus du conjoint ne sont plus pris en compte, sauf pour les anciens bénéficiaires si ce calcul leur est plus favorable (déconjugalisation).
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Retraite pour inaptitude : taux plein mais montant variable
Pour les personnes en situation de handicap reconnues inaptes au travail par la Sécurité sociale, la retraite pour inaptitude peut être liquidée sans décote dès 62 ans, même si tous les trimestres requis ne sont pas acquis. Le montant dépendra du nombre de trimestres cotisés ou assimilés, mais le taux plein est garanti. À noter : l'AAH ne crée pas de droits à la retraite, elle n'entre pas dans le calcul des trimestres.
Avant la réforme, poursuivre une activité après 62 ans ne permettait pas d'augmenter la future retraite. Aujourd'hui, pour les taux d'incapacité élevés, chaque trimestre travaillé après 62 ans continue de compter.
Aides complémentaires : MVA, complément de ressources, ASPA
- Majoration pour la vie autonome (MVA) : versée aux personnes en situation de handicap vivant dans un logement indépendant. La MVA et le complément de ressources sont suspendus lors de la liquidation de la retraite, mais peuvent être rétablis rétroactivement sur demande si la pension versée reste inférieure au plafond de l’AAH, et pour les taux d’incapacité ≥ 80 %.
- Complément de ressources : même logique, souvent sous-utilisé, mais réactivable dans des cas précis.
- ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées) : pour les personnes qui perdent l'AAH à 62 ans (taux d'incapacité entre 50 et 79 %) et dont la retraite ne suffit pas. L'ASPA complète jusqu'à un plafond proche de l'AAH (1 034,28 €/mois pour une personne seule en 2025). Attention, l'ASPA est récupérable sur la succession, contrairement à l'AAH.
L’ASPA n’est pas versée automatiquement : il faut en faire la demande auprès de la caisse de retraite. Elle peut être récupérée sur la succession du bénéficiaire au-delà des abattements légaux, contrairement à l’AAH qui n’est jamais récupérable.
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Démarches pratiques à la retraite : anticiper pour éviter la rupture de droits
Un point crucial : il faut être bénéficiaire de l'AAH avant l'âge légal de la retraite. Impossible de demander l'AAH après avoir liquidé sa pension de vieillesse. Prévenir les caisses six mois avant le passage à la retraite, déposer sa demande dans les temps, signaler sa situation par écrit : ces étapes évitent bien des interruptions de paiement.
La déclaration trimestrielle de ressources reste obligatoire, même après 62 ans si l'AAH est maintenue. Les démarches sont simplifiées depuis 2017, mais l'anticipation reste la meilleure arme pour préserver ses droits.
Ce qui change réellement depuis 2025
- Maintien de l'AAH après 62 ans pour les personnes avec un taux d'incapacité ≥ 80 %, y compris en cas de poursuite d'activité.
- L'AAH devient un complément différentiel à la retraite, et non plus une allocation de substitution.
- Les personnes avec un taux d'incapacité entre 50 et 79 % voient l'AAH s'arrêter à 62 ans, avec pour seule alternative l'ASPA si les ressources sont faibles.
- La déconjugalisation des ressources s'applique depuis octobre 2023, pour les nouveaux bénéficiaires.
- La MVA et le complément de ressources peuvent être rétablis rétroactivement si les pensions restent en dessous du seuil AAH.
Questions fréquentes et points d'attention
Peut-on toucher l'AAH après 62 ans sans être déjà bénéficiaire ?
Non, il faut être allocataire avant de liquider sa retraite. Une demande postérieure est systématiquement refusée.
L'AAH est-elle prise en compte pour le calcul de la retraite ?
Non, elle ne génère pas de droits à la retraite.
Que faire si la pension de retraite est très faible ?
Pour un taux d'incapacité ≥ 80 %, l'AAH complète jusqu'au plafond. Pour les autres, l'ASPA peut être sollicitée.
L'AAH est-elle récupérable sur succession ?
Jamais. Seule l'ASPA expose les héritiers à une récupération, et seulement au-delà de 100 000 € d'actif successoral.
Peut-on continuer à travailler après 62 ans et garder l'AAH ?
Oui, depuis décembre 2024, pour les taux ≥ 80 %, avec acquisition de nouveaux droits retraite.
En pratique : préparer, vérifier, anticiper
La transition AAH-retraite ne supporte pas l'improvisation. Prendre contact tôt avec la CAF, la caisse de retraite, la MDPH, comparer ses droits, simuler les montants – tout cela évite les ruptures de paiement. Conserver ses justificatifs, demander un accompagnement si le parcours administratif paraît trop complexe, peut faire la différence.
Le système évolue, mais les écarts de traitement persistent entre taux d'incapacité. Pour les plus vulnérables, la vigilance reste de mise. L'AAH, malgré les avancées, ne couvre pas tout. Les aides complémentaires, la MVA, le complément de ressources et l'ASPA doivent être envisagés dès que la situation se tend. Les nouveautés de 2025 apportent plus de souplesse mais ne gomment pas toutes les zones grises. Reste la nécessité de s'informer, d'anticiper et de défendre ses droits pour ne pas passer à côté de ressources précieuses.






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