Respirer, un automatisme… mais chez les personnes âgées, un souffle court, une oppression ou une fatigue inhabituelle peuvent masquer une urgence redoutable : l’embolie pulmonaire. Cette complication, fréquente après 70 ans, est souvent difficile à détecter car ses signes sont atypiques et se confondent avec d’autres troubles déjà présents.
Dans cet article, nous vous expliquons comment repérer les premiers signaux d’alerte, comprendre les facteurs de risque chez les seniors, et savoir quels gestes adopter pour agir rapidement. L’objectif : protéger votre proche et limiter les conséquences graves d’une prise en charge tardive.
Quand un caillot bloque la circulation : mécanisme et enjeux
L'embolie pulmonaire (EP) désigne l'obstruction brutale d'une artère pulmonaire par un caillot sanguin, issu dans la majorité des cas d'une phlébite. Ce caillot, formé dans une veine profonde des jambes, se détache, chemine jusqu'au cœur, puis se loge dans une branche de l'artère pulmonaire. Résultat : une partie du poumon, privée de sang, ne peut plus transférer l'oxygène vers le reste de l'organisme.
La gravité de l'EP dépend de l'étendue de l'occlusion, mais aussi de l'état cardiaque ou pulmonaire antérieur du patient. Après 80 ans, la capacité d'adaptation diminue : la tolérance à l'hypoxie chute, la récupération se complique.
| Sans traitement immédiat, le risque de décès dans l'heure est élevé, en particulier lors d'une embolie massive où plus de 50 % du diamètre artériel est bouché. |

Facteurs de risque chez les seniors : pourquoi l'alerte doit être permanente
Avec l'âge, le sang circule plus lentement, les veines perdent leur tonicité. Plusieurs situations favorisent la formation de caillots :
- immobilisation prolongée : hospitalisation, fracture, alitement après infection ou intervention chirurgicale, convalescence, voyage longue distance ;
- antécédent de phlébite ou d'embolie pulmonaire : la paroi veineuse reste fragile, le risque de récidive grimpe ;
- insuffisance cardiaque, BPCO, cancer en cours ou récent : la coagulation s'emballe, la circulation stagne ;
- prise de certains médicaments (anticoagulants interrompus, chimiothérapie, hormonothérapie) ;
- présence de varices, surpoids, tabagisme, maladies inflammatoires chroniques ou troubles héréditaires de la coagulation.
Chez la femme âgée, contraceptifs oraux, traitement hormonal substitutif, et antécédent familial de cancer du sein renforcent aussi la vigilance.
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Premiers signes d'alerte : des symptômes souvent banals, parfois trompeurs
L'EP grave ne se présente pas toujours avec fracas. Près d'un cas sur deux, surtout chez les plus de 75 ans, débute par des symptômes discrets :
- Essoufflement soudain ou progressif : la dyspnée, souvent le premier signe, peut s'installer en quelques minutes ou s'étaler sur plusieurs heures. Chez le senior, elle est parfois attribuée à l'asthme, à la BPCO ou à l'effort physique.
- Douleur thoracique : localisée d'un côté, sous le sternum ou diffuse, elle s'accentue à l'inspiration profonde. Parfois simple gêne, rarement franche douleur. L'absence de douleur n'exclut pas le diagnostic.
- Tachycardie : le cœur s'accélère, parfois sans que le patient s'en rende compte. Un pouls rapide au repos doit faire suspecter un problème.
- Toux sèche, parfois avec expectorations sanglantes, anxiété, sueurs froides, sensation de malaise ou d'oppression.
Chez la personne âgée, la confusion mentale[2] ou la détérioration cognitive peut précéder toute plainte respiratoire. Une désorientation soudaine, une faiblesse inhabituelle des jambes, une aggravation brutale de l'état général, même sans douleur, doivent systématiquement faire penser à une embolie.
Les signes de gravité, à ne jamais banaliser
Quand le caillot est volumineux ou que la réserve cardiaque est faible, d'autres symptômes apparaissent :
- perte de connaissance, malaise profond, étourdissements ;
- peau moite, lèvres, doigts ou genoux bleus (cyanose), extrémités froides ;
- tension artérielle basse, sensation de faiblesse extrême ;
- respiration rapide et superficielle, difficulté à parler ou à finir une phrase sans reprendre son souffle.
Dans ce contexte, chaque minute compte : il faut immédiatement solliciter les secours en composant le 15 ou le 112.
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Comment agir face à une suspicion ? Les réflexes qui sauvent
Dès l'apparition d'un essoufflement soudain, d'une douleur thoracique atypique, d'une confusion ou d'une syncope chez une personne âgée à risque, la prudence impose d'appeler les urgences. Mieux vaut une alerte injustifiée qu'un retard de prise en charge : la mortalité grimpe rapidement sans intervention.
Pendant l'attente, installer la personne en position semi-assise, limiter ses déplacements, rassurer. Noter l'heure d'apparition des premiers signes, réunir la liste des traitements en cours, informer clairement les secours sur l'état de conscience et les facteurs de risque connus (chirurgie récente, cancer, antécédent de phlébite, immobilisation).
Diagnostic : comment les médecins confirment l'embolie pulmonaire ?
L'examen clinique, le contexte et les antécédents orientent le diagnostic. Au domicile, le médecin recherche des signes de phlébite : mollet rouge, chaud, douloureux, asymétrie des jambes. Mais seul l'hôpital permet de confirmer l'EP par des examens spécialisés :
- Dosage sanguin des D-dimères : un taux élevé indique la présence d'un caillot ;
- Angioscanner thoracique : visualise directement l'embole dans l'artère pulmonaire ;
- Écho-doppler cardiaque : recherche une surcharge du cœur droit, complication fréquente chez les seniors ;
- Scintigraphie pulmonaire ou écho-doppler des membres inférieurs : utiles en cas de contre-indication au scanner.
La rapidité d'accès à ces examens fait toute la différence sur le pronostic.
Traitements : stopper le caillot, éviter la récidive
La prise en charge débute dès la suspicion, souvent avant la confirmation. Les anticoagulants, injectés puis donnés par voie orale (héparine, AVK, anticoagulants directs), empêchent le caillot de s'étendre. Dans les formes massives, la thrombolyse (dissolution rapide du thrombus) ou l'extraction mécanique sont envisagées d'urgence. Parfois, un filtre cave est posé si les anticoagulants sont contre-indiqués.
Le traitement dure généralement de trois à six mois, parfois plus longtemps selon les antécédents ou la cause. Un suivi régulier s'impose pour ajuster les doses et prévenir les complications hémorragiques.

Prévention : des gestes simples, une surveillance accrue
Limiter le risque d'EP chez les seniors, c'est d'abord agir sur les facteurs favorisants. Les recommandations :
- faire bouger les jambes, marcher régulièrement, même à la maison ;
- éviter l'alitement de plus de trois jours sans prescription d'anticoagulants ;
- porter des bas de contention en cas d'immobilisation ou de voyage longue durée ;
- maintenir une bonne hydratation, limiter l'alcool et le café ;
- adapter les traitements hormonaux ou la contraception chez la femme à risque ;
- surveiller le poids, arrêter le tabac, suivre rigoureusement les anticoagulants prescrits ;
- prévenir les chutes et fractures chez le senior fragile.
En cas d'antécédent de phlébite, la vigilance reste de mise même après la fin du traitement, car le risque ne disparaît jamais totalement.
Tableau récapitulatif : signes à surveiller chez les seniors
| Symptôme | Caractéristiques | Conseil |
|---|---|---|
| Essoufflement soudain | À l'effort ou au repos, parfois isolé | Considérer une urgence si nouveau ou brutal |
| Douleur thoracique | Latérale, sous le sternum, aggravée à l'inspiration | Ne pas négliger, surtout avec facteurs de risque |
| Tachycardie | Pouls rapide (>100/min), palpitations | Surveiller, signaler au médecin |
| Confusion mentale[2] | Aggravation cognitive soudaine | Appeler les secours sans attendre |
| Cyanose, lèvres ou doigts bleus | Signe de gravité | Urgence vitale, alerter immédiatement le 15 ou 112 |
| Syncope, perte de connaissance | Apparition brutale | Appel urgent aux secours |
FAQ pratique : réponses rapides sur l'embolie pulmonaire chez les seniors
Un essoufflement soudain chez une personne âgée doit-il toujours inquiéter ?
Oui, surtout s'il apparaît sans cause évidente ou s'accompagne d'autres signes (douleur thoracique, confusion, malaise). S'il existe des facteurs de risque, mieux vaut consulter en urgence.
Peut-on prévenir totalement l'embolie pulmonaire ?
On peut réduire nettement le risque par la prévention (mobilisation, bas de contention, anticoagulants adaptés), mais il reste un risque résiduel chez les sujets à risque élevé.
Combien de temps dure le traitement anticoagulant après une EP ?
En général, trois à six mois. Parfois plus longtemps en cas de cause persistante ou de récidive.
L'embolie pulmonaire laisse-t-elle des séquelles ?
Oui, surtout chez les plus âgés : fatigue durable, essoufflement, hypertension pulmonaire chronique. La récupération dépend de la rapidité de la prise en charge et de l'état général.
Quels sont les numéros d'urgence à connaître ?
- SAMU : 15
- Pompiers : 18
- 112 : numéro d'urgence européen
- 114 : urgence par SMS/fax pour personnes sourdes ou malentendantes






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