Dans les laboratoires du monde entier, la course contre Alzheimer prend un nouveau tournant. Depuis peu, des équipes de chercheurs dévoilent une série de tests rapides, non invasifs, capables de déceler la maladie bien avant l'apparition des troubles de la mémoire ou du comportement.
Un bouleversement discret, presque silencieux, mais qui pourrait transformer la manière dont on anticipe et soigne ce fléau neurologique touchant près d'un million de personnes en France.
Repérer Alzheimer avant la mémoire qui flanche
La maladie d'Alzheimer s'installe insidieusement. Des années s'écoulent entre les premières lésions microscopiques et les oublis du quotidien. Pendant ce laps de temps, le cerveau encaisse sans bruit. Repérer la maladie à ce stade silencieux, c'est offrir une chance d'agir plus tôt, d'adapter la vie des patients, d'ouvrir la porte à de nouveaux traitements. Jusqu'ici, le diagnostic précoce relevait presque de l'utopie : tests cognitifs trop généraux, examens invasifs comme la ponction lombaire, ou imagerie cérébrale coûteuse et peu accessible.
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Le principe : des biomarqueurs et de l'électrophysiologie
Aujourd'hui, plusieurs approches complémentaires émergent. Deux axes principaux : l'analyse de biomarqueurs sanguins spécifiques à la neurodégénérescence, et la détection de signaux électriques cérébraux subtils liés à la mémoire. L'objectif : simplicité, rapidité, accessibilité, fiabilité. Plus besoin de longs questionnaires ou d'examens lourds. Quelques gouttes de sang, quelques minutes devant un écran d'ordinateur, un EEG portable : le test s'invite dans le cabinet du généraliste, parfois même à domicile.

Fastball, l'EEG qui capte l'oubli avant qu'il ne devienne visible
Développé à l'université de Bath, le test Fastball s'impose comme l'une des innovations les plus remarquées de ces derniers mois. Trois minutes, pas une de plus. Le patient s'installe, un casque EEG léger posé sur le crâne. Pas besoin de parler, ni de répondre à des questions. Sur l'écran, des images défilent à rythme régulier. Certaines déjà vues, d'autres nouvelles. Le cerveau, même sans que la personne en ait conscience, réagit différemment face à un stimulus familier.
L'appareil enregistre ces réactions électriques, liées à la mémoire de familiarité — une fonction cérébrale souvent altérée très tôt dans la maladie d'Alzheimer, bien avant qu'un proche ne s'aperçoive d'un oubli. À l'inverse des tests classiques (ACE-III, MoCA), qui perdent en fiabilité face à des populations peu scolarisées ou anxieuses, Fastball mesure une réalité biologique, sans biais lié au langage ou à la culture.
- Non verbal : accessible aux personnes ayant des troubles du langage, ou anxieuses face aux examens classiques
- Portable : test réalisable en clinique, à domicile, même en zone rurale
- Prédictif : réponse cérébrale altérée associée à un risque accru d’évolution vers une maladie d’Alzheimer
- Rapide : moins de trois minutes, sans préparation longue
Une étude récente, publiée dans Brain Communications en septembre 2025, a évalué Fastball sur plus de cent volontaires, dont la moitié présentaient un trouble cognitif léger à risque élevé d'évolution vers Alzheimer. Résultat : une distinction très nette entre les profils à risque et les sujets sains, bien avant tout symptôme clinique visible.
Le test sanguin australien : prédire jusqu'à 20 ans à l'avance
De l'autre côté du globe, à Canberra, l'université nationale australienne mise sur la simplicité absolue. Quelques gouttes de sang, déposées sur une puce de silicium ultra fine. L'appareil, pas plus gros qu'un smartphone, analyse en temps réel la signature de certaines protéines associées à la dégradation neuronale. Derrière la technologie, une alliance entre nanotechnologie et intelligence artificielle, capable d’identifier des biomarqueurs associés à un risque accru de développer Alzheimer, potentiellement plusieurs années avant les premiers symptômes
Le test, présenté en 2023 dans la revue Small Methods, vise la médecine de proximité. Pas besoin d'hôpital, ni de laboratoire spécialisé. Un généraliste, un médecin de campagne, un infirmier peuvent proposer ce dépistage lors d'un simple bilan de santé, sans contrainte technique ni logistique.
- Peu coûteux : largement moins cher que les examens d'imagerie ou les analyses du liquide céphalorachidien
- Ultra précoce : détection jusqu'à vingt ans avant les premiers troubles
- Non invasif : fini la ponction lombaire, source de stress et de douleurs potentielles
- Résultat rapide : diagnostic en temps quasi réel
- Polyvalent : la même technologie pourrait servir à d'autres maladies neurodégénératives
Connaître son risque très en amont, c'est aussi la possibilité pour certains patients d'adapter leur mode de vie, de bénéficier de stratégies médicamenteuses préventives, d'entrer plus tôt dans des essais cliniques.
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ScopEEG : révéler le vieillissement cérébral par une simple injection
À Paris, au centre Fernand-Widal Lariboisière, un autre test électrophysiologique, baptisé ScopEEG, voit le jour sous l'impulsion du Dr Dumurgier et de son équipe. La méthode : mesurer l'activité électrique du cerveau avant et après une injection sous-cutanée de scopolamine, un médicament qui met en lumière les déficits précoces d'un neurotransmetteur clé dans Alzheimer.
L'EEG, couplé à l'analyse automatisée par intelligence artificielle, permet de détecter une forme de vieillissement cérébral accéléré, caractéristique de la maladie. Le test cible surtout les personnes à risque, mais pourrait s'intégrer aux bilans de routine à terme. Une avancée, surtout dans la différenciation entre Alzheimer et d'autres maladies dégénératives comme les démences fronto-temporales.
La fondation Vaincre Alzheimer, reconnue d'utilité publique, soutient le développement et la diffusion de telles innovations, qui pourraient alléger le quotidien des patients et de leur entourage dès les premiers stades de la maladie.
Pourquoi la détection précoce change la donne
Agir tôt, c'est plus qu'un slogan. Les traitements expérimentaux actuels (comme le donanemab ou le lecanemab) ne montrent une réelle efficacité que lorsqu'ils sont administrés avant la destruction massive des neurones. Identifier les patients à risque, c'est leur permettre d'accéder à ces espoirs thérapeutiques dans les temps.
La détection précoce facilite aussi la recherche clinique. Inclure des sujets à un stade très initial permet d'évaluer l'impact réel des molécules sur la progression de la maladie, de mieux comprendre les mécanismes de la neurodégénérescence, d'orienter la prévention.
| Test | Principe | Avantages | Limites/Enjeux |
|---|---|---|---|
| Fastball | EEG passif, reconnaissance visuelle | Ultra rapide, non verbal, administrable à domicile | Validation sur grandes cohortes en cours |
| Test sanguin australien | Biomarqueurs protéiques, IA | Prédiction ultra précoce, peu coûteux | Adoption clinique à grande échelle à valider |
| ScopEEG | EEG avant/après scopolamine | Distingue Alzheimer d'autres démences | Nécessite injection, usage ciblé pour l'instant |
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Questions pratiques sur le dépistage précoce d'Alzheimer
Qui devrait passer un test de dépistage précoce ?
Les personnes de plus de 65 ans présentant des facteurs de risque (antécédents familiaux, troubles de la mémoire, maladies cardiovasculaires) ou toute personne inquiète pour ses fonctions cognitives. Certains tests sont accessibles à domicile ou lors d'un simple bilan de santé.
Les résultats sont-ils fiables dès aujourd'hui ?
La plupart de ces tests ont déjà montré une grande précision dans les études pilotes, mais leur généralisation dépend de validations à grande échelle. À l'avenir, ils devraient s'intégrer progressivement aux pratiques médicales courantes.
Peut-on agir si le test détecte un risque élevé ?
Oui. Plusieurs pistes existent : adaptation du mode de vie (alimentation, activité physique, stimulation cognitive), surveillance médicale renforcée, accès aux essais thérapeutiques ou traitements précoces lorsqu'ils sont disponibles.
Où trouver plus d'informations ?
Des associations comme la Fondation pour la Recherche Médicale ou la fondation Vaincre Alzheimer diffusent régulièrement des informations fiables et actualisées sur les avancées diagnostiques et les essais en cours.
Vers une nouvelle ère du diagnostic neurologique
Un simple test, parfois en trois minutes chrono. Une goutte de sang, un EEG discret, une image qui s'imprime dans le cerveau. La détection précoce d'Alzheimer n'est plus une chimère. Elle s'invite dans les cabinets de ville, les campagnes isolées, les familles inquiètes. L'enjeu n'est pas seulement médical : il est humain, social, économique. Plus tôt on sait, mieux on agit. Et face à la maladie, ce temps gagné n'a pas de prix.






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