Un matin, la table reste dressée, le repas à peine touché. Parfois, les parents ne disent rien. Juste, le poids fond. Les vêtements flottent. La force manque, et l'appétit s'efface. Rien de spectaculaire, tout se joue dans le silence. La dénutrition des personnes âgées[1] s'installe sans faire de bruit, mais ses effets, eux, bouleversent la vie.
Un phénomène largement sous-estimé, pourtant dramatique : près d'une personne sur dix à domicile, une sur deux à l'hôpital, en souffre en France. Derrière ce chiffre, des histoires de solitude, un risque accru de dépendance, une perte progressive d'autonomie. Heureusement, il est possible de repérer les signes précoces, de comprendre les causes et de mettre en place des stratégies pour accompagner nos proches, protéger leur santé et préserver leur autonomie.
Quand le corps ne suit plus : comprendre la dénutrition[1] chez les aînés
Le vieillissement ne rime pas forcément avec malnutrition. Pourtant, avec l'avancée en âge, le corps change : la sensation de faim s'atténue, l'odorat et le goût s'émoussent, la digestion ralentit. Résultat : l'alimentation se fait moins riche, moins variée, parfois simplement moins présente. Plusieurs facteurs se combinent et aggravent la situation.
- Problèmes bucco-dentaires : douleurs, difficultés à mâcher ou avaler ; la viande, les fruits frais, les légumes crus disparaissent du menu.
- Maladies chroniques : Alzheimer, troubles digestifs, dépression[3], mais aussi la poly-médication, qui coupe l'appétit ou modifie la perception des saveurs.
- Solitude, veuvage, isolement social : manger seul n'a pas le même goût, le plaisir s'efface. L'envie de cuisiner aussi. La perte de sens guette.
- Difficultés économiques : le budget alimentation se réduit, la qualité des repas aussi.
- Diminution de l'activité physique : moins de mouvement, moins d'appétit. On saute les repas, on grignote, on s'affaiblit.
- Préjugés : penser qu'avec l'âge, il faudrait moins manger, moins salé, moins sucré, alors que les besoins restent élevés.
Parfois, la dénutrition[1] découle d'un événement aigu : infection, fracture, hospitalisation, changement de lieu de vie. Le corps n'a plus les réserves pour affronter ces chocs, la spirale s'enclenche.

Signes d'alerte : repérer la dénutrition[1] avant la chute
L'indicateur le plus fiable : la perte de poids. Surtout si elle est rapide, 5 % en un mois, 10 % en six mois. Mais d'autres signaux doivent alerter : appétit en berne, diminution des quantités dans l'assiette, force musculaire qui faiblit, difficultés à se lever, à marcher, vêtements trop larges, alliance qui glisse. Chutes, infections à répétition, confusion, fatigue persistante. Tout cela n'est pas anodin.
Se peser régulièrement, comparer le poids à celui des mois précédents, observer les habitudes alimentaires : ces gestes simples permettent souvent d'agir à temps. Des questionnaires validés, comme le PARAD, aident à objectiver le risque.
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Isolement et dénutrition[1] : un cercle vicieux
La solitude n'est pas qu'une affaire de cœur ; elle pèse lourd dans l'assiette. Plus l'on vieillit, plus les liens sociaux s'effritent, amis disparus, enfants éloignés, voisinage renouvelé. Les repas deviennent un rituel expédié, sans partage. Moins de plaisir, moins de motivation à cuisiner, moins d'énergie pour faire les courses… La dénutrition[1] s'installe.
Le portage de repas, lorsqu'il n'est pas adapté, prive parfois la personne âgée du plaisir de choisir, de manipuler, de sentir. Le repas devient une obligation, un médicament à avaler. Certains refusent de s'alimenter, comme un ultime acte de liberté face à un quotidien qui leur échappe. Déléguer l'alimentation, c'est parfois rompre le lien sensoriel et affectif avec la nourriture.
Plus la dénutrition[1] s'aggrave, plus la personne s'isole. Moins de sorties, moins de force pour voir du monde, plus de fatigue. Les relations s'étiolent. L'isolement nourrit la dénutrition[1], et inversement.
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Dépendance : quand la dénutrition[1] fait basculer l'autonomie
La perte de poids ne se limite pas à l'esthétique. Elle entraîne une fonte musculaire rapide, la sarcopénie, diminue la force, l'équilibre, la capacité à se mouvoir. Les chutes se multiplient, les fractures aussi. L'autonomie s'effondre. Certains gestes simples deviennent impossibles : se lever, marcher, se laver, préparer à manger.
Le risque d'hospitalisation explose. Les infections, les plaies, les maladies chroniques s'aggravent. La dénutrition[1] accélère le déclin cognitif, la confusion, la dépression[3]. Le cercle vicieux se referme : plus la personne devient dépendante, moins elle a d'occasions ou de capacité à manger correctement. La spirale est difficile à inverser sans accompagnement ciblé.
Prévenir, agir, accompagner : les leviers pour sortir de la spirale
La dénutrition[1] n'est pas une issue inéluctable. Elle se prévient, se repère, se prend en charge. Plusieurs axes d'action existent.
- Enrichir l'alimentation : ajouter du lait concentré, du beurre, de la crème, du fromage râpé, des œufs, de la poudre de lait dans les plats. Bannir les produits « allégés ».
- Multiplier les repas et collations : fractionner les prises alimentaires, proposer des encas riches en protéines (œufs, fromage, yaourts, oléagineux, puddings), éviter les longues périodes de jeûne nocturne.
- Stimuler le plaisir de manger : soigner la présentation, varier les goûts, les couleurs, ajouter des épices, des aromates. Adapter la texture pour faciliter la mastication et la déglutition.
- Maintenir une activité physique adaptée : la marche, les exercices doux, les mouvements quotidiens entretiennent la masse musculaire, stimulent l'appétit, ralentissent le déclin cognitif.
- Soigner l'état bucco-dentaire : visites régulières chez le dentiste, hygiène méticuleuse, prothèses adaptées.
- Adapter l'accompagnement : portage de repas personnalisé, ateliers nutrition, aide à la préparation des repas, soutien psychologique en cas de dépression[3] ou d'isolement.
- Compléments nutritionnels oraux : sur prescription, en cas de dénutrition[1] avérée ou sévère, pour compléter les apports (jamais pour remplacer les repas).
Le rôle des proches et des professionnels est central : surveiller les signes, encourager, accompagner sans infantiliser. Les aidants doivent être informés, formés, soutenus. Les professionnels de santé peuvent adapter les traitements, proposer des solutions concrètes, orienter vers des aides sociales ou nutritionnelles. L'objectif : rompre la solitude, restaurer le plaisir, rétablir l'énergie.

Repères pratiques : comment agir au quotidien ?
- Peser régulièrement la personne âgée, noter tout changement sur un carnet.
- Observer les quantités réellement consommées, la fréquence des repas.
- Proposer des aliments prêts à consommer, faciles à manger, riches en énergie.
- Organiser les repas en compagnie d'amis, de voisins, de membres de la famille, dès que c'est possible.
- Consulter le médecin au moindre doute, pour un bilan nutritionnel, une adaptation des traitements ou la prescription de compléments si nécessaire.
- Se faire aider par des services d'aide à domicile[4], des diététiciennes, des associations locales.
- Ne pas hésiter à questionner la personne sur ses envies, ses goûts, ses difficultés, sans juger ni imposer.
Questions fréquentes autour de la dénutrition[1] des personnes âgées
À partir de quand s'inquiéter ?
Perte de poids rapide, appétit en berne, force musculaire qui diminue, vêtements trop amples : un seul de ces signes suffit à consulter.
Le portage de repas règle-t-il le problème ?
Pas toujours. Mieux vaut privilégier des solutions personnalisées, qui respectent les goûts, le rythme, l'autonomie de la personne.
Les compléments alimentaires sont-ils indispensables ?
Ils viennent en soutien lorsque l'alimentation seule ne suffit plus, sur prescription médicale.
Comment maintenir le plaisir de manger ?
En valorisant les repas partagés, la diversité, la présentation, et en adaptant textures et saveurs.
L'activité physique joue-t-elle vraiment un rôle ?
Oui, elle stimule la faim, entretient les muscles, soutient le moral et la vitalité.






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